Quand mon 6'35 me fait les yeux doux...

(dépression au-dessus du jardin)

02 octobre 2009

Le dégoût me prend pour chaque lueur d'espoir.

Un temps que les moins de vingt ans ne pourront que connaître, et moi, qui en aurai vingt et un dimanche prochain, je vis dans l'écoeurement permanent. Payer des élèves pour qu'ils aillent à l'école, relancer le débat sur la castration chimique après un fait divers, juger Polanski trente ans après son crime d'un point de vue moderne, le savoir soutenu par une classe d'artistes stupides et démago, faire revoter les irlandais sur le traité de lisbonne, déballer publiquement les querelles d'ego de l'affaire Clearstream, s'occuper de l'écologie et considérer que c'est un problème très important, voir mes contemporains du même âge devenir réactionnaires et trouver dans les idéologies passées plus d'intérêt que dans la vacuité intellectuelle et politique moderne, et les comprendre, et presque se réjouir d'un retour à l'idéologie quelle qu'elle soit - rétrograde et austère. S'accommoder de ce monde là et ne plus rien en attendre, ne plus rien espérer car chaque avancée marque un retour en arrière et chaque décision traîne son cortège de poussière. Tout est affaire de sensiblerie et quotidiennement je m'habitue aux inepties mieux construites que d'autres, que l'on attaque mes valeurs sous l'angle de la culpabilité ne m'étonne plus, je vis avec cette nausée et cette faim quand je ne suis pas terrifiée à l'idée de toujours la ressentir.

A la terrasse d'un bistrot je parlais de cela avec une amie, je lui disais « réalises-tu que bientôt, nos modèles seront morts et qu'il ne restera plus que nous, notre génération et toutes les suivantes, et que rien n'adviendra car nous aurons fait en sorte de ne plus pouvoir avancer ? ». Nous en étions à notre troisième verre, elle me dit « sais-tu que tu me fous les glandes ? », et nous avons commandé une quatrième bière, ça n'allait pas mieux après cela, en dedans nous avions seulement plus chaud, et au dehors il faisait un peu plus froid.

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18 juin 2009

carte postale.

L'été de mes vingt ans ressemble à celui de n'importe qui, il y a les soirées où l'on boit de mauvais alcools dans des bars sombres et sans terrasse en oubliant que les troquets ferment à une heure bien trop décente le vendredi, à l'orée de la nuit. Nous sommes alors très occupées à ingérer beaucoup et vite avant d'aller danser. Il y a les lendemains où nous dessaoulons dans l'herbe du jardin des plantes, ceux où nous nous promenons le long de la Garonne, l'eau est moins bleue que le ciel et le vent ne rafraîchit rien, pourtant on y revient courir dans la mollesse des lundi matin. Les autres jours nous sourions sur les photographies, dans des teintes vertes, blanches et or, et remplissons des grilles de mots croisés en se faisant bronzer les jambes. Tout doucement la chaire se colore, et d'aise nous soupirons à la pensée de tout les trains que nous pourrions prendre en direction de tout les endroits où nous n'irons pas. Il est presque seize heure, et la séance va bientôt commencer, il faut se rendre au cinéma pour voir un film français, il y fera sûrement un peu plus froid et les fauteuils seront confortables, nous pourrons regretter l'époque du cinémascope, c'était un temps où les filles étaient réellement jolies et bien coiffées, même en été.

Après m'être perdue dans l'ivresse des divertissements, j'ouvre avec plaisir un de ces livres austère fait d'histoires sérieuses et de gens préoccupés par le proche anéantissement du monde. Confirmant ainsi ce que j'ai toujours pensé des distractions, elles ne sont que l'occupation des neurasthéniques profond ou des esprits frivoles, ceux que l'ennui indiffére lorsqu'il se maquille en ère de fête, et qui profitent par peur de voir leur jeunesse mourir. Adolescente, j'étais déjà vieille, et rien ne m'ennuie plus que les distractions spectaculaires, je m'engourdi de cette oisiveté avec la paresse et le dégout nécessaire, sous la peau grasse de crème solaire. Comme mes amies je suis désespérée, mais aucune course n'éloigne mes tristesses, la chaleur me coupe l'appétit et étouffe mes nuits, je cachetonne aux antalgiques à chaque début de soirée et me couche assommée par le bruit de la ville. Le soleil est une peine cruelle lorsqu'on ne sait pas quoi en faire.

L'été de mes vingt ans ressemble à celui de n'importe qui, il y a les soirées avec lesquels je tombe en même temps que la nuit, les lendemains heureux de se savoir vivant. L'été de mes vingt ans s'écoule en semaines amusantes, c'est une ellipse dont l'importance ne sert pas au récit, un ornement saisonnier dont nous parlerons peu puisque les mondanités ne séduisent que l'instant et que nous désirons l'infini. Hélas, l'été arrive, et nous attendrons octobre pour vivre, j'aurai vingt et un ans et tout ira mieux.

Posté par Aem_ à 15:39 - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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