Quand mon 6'35 me fait les yeux doux...

(dépression au-dessus du jardin)

21 décembre 2009

J'ai pris un train à travers la plaine.

            Nous regardons la télévision en format 16/9, Louis de Funès est un peu trop courtaud dans son uniforme Allemand, j'en fais la réflexion lorsqu'il saisi la couverture verte matelassée qui est posée sur le canapé et qu'il traîne les pieds à travers le salon jusqu'à la chambre d'ami, les semelles de ses pantoufles trop grandes glissent sur le carrelage comme s'il ne daignait pas faire l'effort de lever les pieds pour avancer, et son dos est déjà courbé par la vieillesse ou la fatigue. Lorsqu'il dit "bonne nuit", nous répondons en choeur "bonne nuit" et la porte se ferme doucement derrière lui. Plus tard elle éteindra l'ordinateur portable, débranchera la batterie de la prise murale située à l'extrémité du petit salon, près de la console en verre, et jettera les mégots du cendrier dans la poubelle de la cuisine, en robe de chambre blanche elle fumera une dernière menthol en regardant tomber la neige et me dira "bonne nuit", je répondrai "bonne nuit" et le bois des escaliers craquera douze fois, la porte du deuxième étage grincera et je pourrai entendre ses déplacements jusqu'au lit. Alors, je fumerai une dernière cigarette, remplirai ma bouteille d'eau au robinet dans la cuisine refaite à neuf, irai démaquiller le mascara de mes yeux et j'avancerai à tâtons dans le noir jusqu'à la porte de ma chambre, au bout du salon. Je ferai bien attention de ne cogner ni la nouvelle cheminée, ni le sapin de Noël installé près de la fenêtre, je rejoindrai mes meubles peint en blanc, le nouveau parquet, la table en fer entreposée près du vieux bureau et me coucherai dans ce lit trop petit. Sur le matelas, allongée sur le dos dans le lit une place, je me dirai encore que cet endroit ressemble à une tombe, où a l'idée que je m'en fais - le peu d'espace alloué à la nécessité, les membres pouvant toucher chaque extrémité de la couche du plus léger mouvement, l'impossibilité de se retourner, de s'étendre, comme s'il était exclu de se reposer ici mais seulement de dormir, faire acte de sommeil, dormir dans le lit comme on mange dans la cuisine - sans plaisir mais pour le besoin de l'action. Mon plus ancien souvenir se situe d'ailleurs dans une sorte de vieux berceau, j'étais une très jeune enfant qui se tenait debout accrochée aux barreaux du lit dans ce qui devait être une chambre assez sombre et je pleurai ou criai pour qu'on vienne me chercher. Ce souvenir qui tient surtout lieu de sensation me fait souvent assimiler les dortoirs aux mouroirs, ils ont les mêmes fonctions, de l'atonie au repos et à l'oubli des sens.

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17 novembre 2009

L'ordonnance du Docteur Noir.

 vigny

J'ai passé la nuit à errer de mon canapé au pallier, à griller mes mégots par tout les bouts. Je me suis couchée à cinq heure et levée à neuf, je tombais de sommeil mais ne parvenais pas à dormir, c'est une faille comateuse qui semble m'avoir aspirée car je n'ai aucun souvenir de mon assoupissement – je me suis réveillée avec les yeux grands ouverts, comme des billes, en direction du plafond. J'ai eu le temps de lire tout un livre et même ses documents, sa bibliographie et sa chronologie, puis je me suis sentie désoeuvrée comme lorsqu'on achève quelque chose de grand, nous tenant en haleine pendant un temps qui semble infini et qui soudainement prend fin de la plus petite des façons. Alors j'ai vidé mon cendrier et je l'ai de nouveau rempli, puis j'ai écris ceci en suçant une pastille de vitamine C. Tout a l'heure je cuisinerai des muffins à la pomme, au miel et à la cannelle, c'est une belle journée je crois qu'il y a du soleil, mon ancien voisin déménage sa machine à laver.

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12 septembre 2009

Les fleurs ont perdu leurs parfums.

francoise

Il y eu de meilleures nuits;
et de pires insomnies – aussi.

Le coeur serré s'en alla battre au son des cordes graves et des tambours, à défaut de se battre pour quelque chose ou pour quelqu'un. La fatigue tombait de tout son poids de bête morte sur mes maigres épaules, je souffrais de cette écrasante peine à ne jamais se sentir être aussi lourde que lorsqu'on ne se sent être rien. Il était tard, bien trop tard pour voir le monde changer à cette heure de la nuit, l'automne se pressait déjà aux portes de la ville en fanant avec lui toute la beauté du paysage, et moi, pendant ce temps là, je ne dormais pas - je n'y parvenais même pas, j'essayais encore de me souvenir des jours qui ont précédé toutes mes nuits.

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25 mai 2009

De la vie des marionnettes.

marionettes

J'ai passé mon dimanche après midi à lire un blog très intéressant, entre deux aller et deux retour, pieds nus dans les miettes de ma cuisine, à alterner entre l'eau fraiche du frigo et l'eau tiède de la carafe. Le blog dont il est question est tenu par un psychothérapeute d'obédience cognitivo-comportementale qui raconte d'un ton caustique les coulisses de son cabinet à travers le portrait de certains patients et d'anecdotes diverses. En plus d'être intelligent et agréable à lire par le propos, l'auteur est drôle dans le style (j'ai été tout à fait séduite lorsque je l'ai lu citer Barbey d'Aurevilly dans l'excellent essai « Du dandysme et de George Brummel » dont je conseille la lecture à tout les jeunes morveux boboïsant qui confondent la posture et le style). J'ai donc passé quatre ou cinq heures sur son site, ce qui m'a amené à me poser des questions, en tant qu'ex étudiante en psychologie, en tant qu'ex patiente des cabinets froids et vieillots des pédopsychiatres, en tant que petite amie d'un garçon ayant suivit une longue psychothérapie et possédant lui même une licence de psychologie. Étant, finalement, entourée de toute cette psychologie dont je n'ai su que faire ni quoi comprendre.

Bien que cela soit un jugement sans fondement j'ai longtemps considéré les psychothérapeutes comme étant des charlatans, du seul fait qu'ils peuvent pratiquer sans diplômes. Aussi, je suis arrivée en fac de psychologie avec la fascination que connaîssent bien des étudiants envers la psychanalyse et autres logorrhée Freudiennes. Parallèlement à la mythification de la psychologie vient aussi sa vulgarisation, qui n'a pas entendu un ami, sa boulangère ou Carole Rousseau évoquer les termes de « pathologie », « névrose » ou, pire, de « transfert » ? J'ai d'ailleurs cessé de jouer à Questions pour un champion en ligne, après avoir perdu un point au 4 à la suite, dû à un honteux amalgame entre le transfert (phénomène entre analysé et l'analyste) et le déplacement.

Je me suis évidemment demandée à plusieurs reprises ce qui m'amenait à étudier la psychologie et à entrer dans cette voie de garage. Probablement le fait de voir les études supérieures comme un immense terrain de connaissance et de savoir plutôt que d'y chercher une formation professionalisante, je me suis engouffrée dans ces amphithéâtre délabrés par curiosité, cette même curiosité qui m'a fait préférer l'étude de l'Autre à tout le reste.
J'ai toujours eu cette noble tendance à exécrer ceux qui parlent sans savoir de quoi ils causent, et tout cela avec conviction; encore plus lorsqu'ils tiennent des discours psychologisants de personnes imbues d'elles même dès qu'elles ont tenu deux livres de Freud entre leurs mains. Aux mieux ces discours m'amusent, j'ai toujours été convaincue qu'on en apprenait plus sur l'analyste amateur que sur le prétendu analysé, surtout lorsqu'il orne ses discours en termes grandiloquents « je crois qu'elle établit un transfert avec sa mère et qu'elle n'a pas résolu son complexe d'Electre. »

Je crois que ce flou autour de la psychanalyse fascine énormément, l'idée de ce qui nous échappe et auquel on tend naturellement à donner du sens, ce manque de preuves tangibles qui permet aux amateurs d'y entendre ce qu'ils désirent. J'ai rapidement abandonné la lecture de Freud, il est une porte d'entrée à la psychologie comme Nietzsche est une voie d'entrée à la philosophie – mieux vaut passer par la fenêtre ou s'arrêter devant la porte que de poursuivre dans ce chemin là. Le mois dernier, alors que je me confrontais à la Mythologie auquel je ne connaissais rien, j'ai commencé par lire un solide ouvrage généraliste retraçant les principaux mythes grecs et romains, puis j'ai lu les auteurs antiques eux même et leurs oeuvres principales, enfin j'ai émis des préférences et tiré des leçons de tout cela. Il me semble avoir pratiqué une méthode rigoureuse et saine afin de pénétrer un domaine qui m'était tout a fait étranger, je l'ai fais avec prudence car la compréhension m'importe plus que le savoir, mais il se trouve que peu de gens prennent ces précautions d'usage et préfèrent foncer tête baissée – ce qui implique évidemment d'enfoncer des portes ouvertes.

J'avoue avoir été une mauvaise étudiante en psychologie, c'est en partie cela – cela et l'ennui, qui m'ont poussé à arrêter, j'étais là bas pour de mauvaises raisons et m'étais trompée d'objet d'étude, les amphithéâtre sont alors devenu un spectacle lassant. Je n'en suis pas moins intéressée par ce domaine, mais avec distance et tout en sachant ce qui me fait barrage.

Je poursuivrai mon monologue avec joie mais il me reste quarante pages des Liaisons dangereuses de Laclos à lire avant de me coucher, et je souhaiterai terminer ce livre avant de voir ma semaine commencer.

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