Quand mon 6'35 me fait les yeux doux...

(dépression au-dessus du jardin)

02 octobre 2009

Le dégoût me prend pour chaque lueur d'espoir.

Un temps que les moins de vingt ans ne pourront que connaître, et moi, qui en aurai vingt et un dimanche prochain, je vis dans l'écoeurement permanent. Payer des élèves pour qu'ils aillent à l'école, relancer le débat sur la castration chimique après un fait divers, juger Polanski trente ans après son crime d'un point de vue moderne, le savoir soutenu par une classe d'artistes stupides et démago, faire revoter les irlandais sur le traité de lisbonne, déballer publiquement les querelles d'ego de l'affaire Clearstream, s'occuper de l'écologie et considérer que c'est un problème très important, voir mes contemporains du même âge devenir réactionnaires et trouver dans les idéologies passées plus d'intérêt que dans la vacuité intellectuelle et politique moderne, et les comprendre, et presque se réjouir d'un retour à l'idéologie quelle qu'elle soit - rétrograde et austère. S'accommoder de ce monde là et ne plus rien en attendre, ne plus rien espérer car chaque avancée marque un retour en arrière et chaque décision traîne son cortège de poussière. Tout est affaire de sensiblerie et quotidiennement je m'habitue aux inepties mieux construites que d'autres, que l'on attaque mes valeurs sous l'angle de la culpabilité ne m'étonne plus, je vis avec cette nausée et cette faim quand je ne suis pas terrifiée à l'idée de toujours la ressentir.

A la terrasse d'un bistrot je parlais de cela avec une amie, je lui disais « réalises-tu que bientôt, nos modèles seront morts et qu'il ne restera plus que nous, notre génération et toutes les suivantes, et que rien n'adviendra car nous aurons fait en sorte de ne plus pouvoir avancer ? ». Nous en étions à notre troisième verre, elle me dit « sais-tu que tu me fous les glandes ? », et nous avons commandé une quatrième bière, ça n'allait pas mieux après cela, en dedans nous avions seulement plus chaud, et au dehors il faisait un peu plus froid.

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24 août 2009

Il est mort d'avoir trop vécu.

Je tape parfois dans un petit dictionnaire de synonymes afin de me payer quelques bonnes lignes à peu de frais et de tergiversations stylistiques. Il n'empêche que le sentiment d'imposture persiste, si les mots et les idées sont l'affaire de tous, quelle est ma grande affaire à moi ? Je tends l'oreille aux caisses des supermarchés, aux croisements des feux de signalisation, à chaque endroit mitraillé de vies et de passages, partout ce sont les mêmes truismes qui bordent le plan-plan des conversations privées. Je ne sais s'il s'agit d'un problème de temporalité ou de génie, je suis née sous Mitterand, gouvernement Rocard, après tout, que peut il advenir de cette génération là ? Mon désespoir augmente avec le nombre des années, s'approchent mes vingt et un printemps et si jeune soit elle, ma vie ressemble à un hiver de mille ans.

A l'embouchure de la rue Alsace-Lorraine les maquereaux tout d'orange vêtus de WWF m'alpaguent, s'y mettant à deux autour de moi, tellement nombreux que je me voyais rouée de coups en place de grève si j'avouais par courage et malheur mon aversion pour les pandas et l'écofascisme « Vous n'avez même pas une petite minute pour la nature et l'environnement ? » me dit un jeune homme visiblement sympathique et probablement cool, il me sourit tendrement. Mais, « pas une minute ni même une seconde ! » répondis-je indignée, en m'écartant rapidement. Sûrement pense t'il à cette heure que le consumérisme avait déjà bien trop brûlé mon âme pour qu'il puisse m'aider à expier mes négligences à raison de sept ou vingt billets par mois. Je déteste ces gens, indirectement les objecteurs de bonne conscience nuisent à l'humanité plus que tout autre fléau infâme, ni dieu ni maître, certes, plus que des curés en laisse prêchant à chaque coin de rue pour leurs dégueulasses paroisses. C'est donc cela, ma génération, pétrie d'aimables intentions et d'idiotie, ce sont de gentils benêts que la honte n'a jamais arrêté, elle aurait du pourtant, ça nous aurait peut être évité ces drames de Walt Disney au tragi-comique de pacotille, même Mickey n'aurait jamais osé faire de l'écologie un sujet aussi important. « C'est l'affaire de tous ! » disait une jeune sbire orangée à un garçon auréolé de joie. L'affaire de tous peut être, pensais-je, mais pas ma grande affaire à moi.

La place rose était noire, j'écoutais Bécaud afin de jeter un peu de joliesse dans le paysage, les badauds se plaignaient de la chaleur, je pensais encore au jardin du château de La Palice que j'avais visité en juillet dernier, il devait y faire frais sous les arbres centenaires à ce moment de la journée, j'y serai bien retournée.

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23 juillet 2009

Pitié pour les femmes.

henrydemontherlant

« Vous vous souvenez ? Un jour vous m'avez abordé avec un : « alors, le moral est bon ? » Et je vous ai répondu « oui, mais l'immoral aussi. » C'est cela que vous devez comprendre. Attention à ne pas me préférer l'idée que vous vous faites de moi. Il faut me prendre avec mes dépendances : les écuries et les latrines. Quoi qu'il en soit, c'est cette jouissance du bien que vous avez ranimée en moi. Et ce qu'il faut que vous sachiez, c'est que j'ai joui et jouirai encore du mal que j'ai fait et ferai à d'autres êtres, mais que jamais – je vous le dis d'une façon solennelle – jamais je ne jouirai du mal que je vous ferai à vous. »

Henry de Montherlant.

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