Quand mon 6'35 me fait les yeux doux...

(dépression au-dessus du jardin)

21 octobre 2009

quelques nouvelles.

Ambiance : j'écoute la radio de Bide&Chanson en mangeant du fromage de sous marque acheté au Monoprix. Ces dernières semaines j'ai écouté une demi centaine de fois la bande originale d'un film de Christophe Honoré en arpentant les rues, la honte collée au corps et la peur sans cesse renouvelée de voir mon affection démasquée par l'entourage. J'ai bien fini par leur dire que j'avais un faible pour ce film là, et que la voix de Louis Garrel m'enchante bien plus que sa plastique. J'ai bravé les moqueries et essayé de me faire à l'idée que pour la plupart des gens, aimer un film de Christophe Honoré n'a rien de honteux – c'est peut être cela, le plus embêtant, mon entourage à mauvais goût, ils raillent la photo qui orne le fond d'écran de mon nouveau téléphone portable rose (une photographie en couleur de Joe Dassin avec un chat blanc) mais trouvent naturel d'apprécier le réalisateur français le plus ennuyant du nouveau siècle.

Il est seize heure et je dois passer chez les bouquinistes acheter un ou deux romans avant de fermer ma valise; demain je prends le train en direction du bord de mer et de ses rues désertées par les touristes. L'automne gratifie les stations balnéaires d'une tendre mélancolie, les pierres de la vieille ville se gorgent d'eau grise et les commerces semblent tous abandonnés au profit d'éphèmères marchés.

Je serai en famille pour une dizaine de jours à vivre au rythme lent des vagues et à peut être écrire les quelques pages qui se font attendre depuis des semaines. Pendant ce temps là, mon petit-ami fera le beau en Suisse, sur une scène de concert genevoise et ça fera trois ans et demi que nous serons ensemble à ce moment là.

Les choses semblent bien ordonnées, j'emporterai un livre de Houellebecq pour planter le décor de mon cinéma sur le rivage.



27 juillet 2009

L'imposture.

L'étendue blanche du corps reposait au centre du lit, les bras écartés dans la crucifixion des nuits tendres, un drap tombant sur la courbe des hanches parachevait cette icône du plus ravissant des sommeils. Tandis que sa respiration flottait régulièrement dans l'air je pensais à la place impudique qu'il me faudrait prendre auprès de lui dans quelques instants, au risque de déséquilibrer l'ensemble à moins de m'étendre à ses pieds dans la vénération respectueuse des êtres véritablement aimables, je n'avais d'autres choix que de parjurer le droit naturel par ma présence à son égal. J'hésitai quelques instants à ne pas me coucher, craignant une bassesse de vanité en désirant toucher à cette image pure au plus près par des raisons ne pouvant être que trop sentimentales pour être sources  d'honnêtetés. Pourtant je désirais m'étendre à la surface de son coeur.

Finalement résolue à ne pas dormir ailleurs qu'auprès de lui, je me glissais sur sa gauche et posa ma nuque contre son bras, du bout des lèvres, je l'embrassai.

Il est fréquent d'associer le sujet de son amour à un ange qui veillerait sur l'Aimé comme Cerbère aux Enfers, d'une manière de dire « Voyez, l'amour est sauf dès qu'il est gardé par une de ces puissances divines ! » alors que l'on rejoue seulement la gloriole des impuissants, l'histoire d'un ange sans sexe servant de garde fou à ceux que les sentiments éloignent de toute raison. Et ils crient à l'enchantement en se croyant Élus quand ils ne sont que le bétail en geôle gardé par des chiens.
Pourtant qui peut coucher dans le plumard d'un Saint sans s'enorgueillir un seul instant du miracle ? Et qui, au lever du jour, s'en ira doucement prier sa trop grande chance et expier son trop beau bonheur dans la sueur et la solitude des exercices physiques ?
L'égalité que les moeurs veulent asseoir en Amour n'existe qu'en songes, tout se paie au prix que l'on veut bien débourser, comme lors des événements alternatifs qui n'exigent qu'une donation de valeur estimée. Je paie et je prends cher, car j'ordonne et reçois des moments magnifiques, de belles nuits touchantes de grâce et de fébrilité, entre les bras d'un Saint ne veillant qu'a les ouvrir pour moi sans attendre ou demander plus que des sentiments honnêtes.
Il n'y a donc aucun mérite à recevoir des dons célestes, quand on se sait terriblement humain, je n'ai pas toujours les moyens de mon désir ni la capacité d'éviter l'infortune, pourtant c'est humblement, avec un respect et un amour infini, que je me couche le long de son grand coeur, car je sais le mien plus petit.

02 juin 2009

CREVEZ TOUS.

Vaquette_Photo_de_presse

Jeudi soir. Il fait chaud et je suis accoudée à une table, sur le trottoir de la rue Viguerie, à boire de la Heineken tiède avec des copains en scrutant d'un oeil timide le visage de l'homme en rouge – concentré. Un rapide tour à l'épicerie au coin de la rue pour se ravitailler en boissons avant que le spectacle ne commence, deux ou trois cigarettes pressées, le talon des chaussures – rouges, cogne le sol lorsqu'on annonce le début de la messe. Nous nous pressons dans la pièce remplie de costumes  et descendons l'escalier qui mène à la cave, les spectateurs sont déjà assis et la salle est plongée dans le noir. Un projecteur dirige sur le public une lumière aveuglante en rythme avec le son agressif d'une guitare, je prête à cet endroit une atmosphère cérémonieuse, presque oppressive, mais il s'agit peut être de ce lieu, de cette chaleur, de ce moment attendu depuis si longtemps, de ces gens assis et de cet homme debout.

Jeudi soir. Il fait chaud et je suis installée tout au fond d'une pièce enterrée sous le sol, à quelques mètres de là se trouve un homme tout de rouge vêtu que je regarde fixement. J'en prends pleins les yeux, réalisant avec peine que je manque de sens pour capturer l'étendue de ce qui s'offre à moi, à quelques mètres de là. Pourtant ce sont mes muscles qui pendant près de deux heures se tendent, dans un effort violent à me tenir bien droite et à saisir tout ce qui flotte dans l'air. C'est en entendant la voix de Jacques Brel que je feins d'écraser une larme, de celles qui se refusent à l'oeil mais le menace lorsque la concentration se délasse et que l'émotif prend irrémédiablement sa place. Peu de temps s'écoule avant que l'homme en rouge ne quitte la scène, mâchoire serrée.

Jeudi soir. Nous remontons enfin à la surface et à peine avons nous le temps de féliciter l'homme en rouge que je m'extirpe vers la rue fraîche. J'y fume, j'y bois, j'y discute, j'y temporise, les doigts tremblants encore un peu de ma stupide émotivité. Sur le chemin du retour je ne prends part à aucune discussion et avance tête baissée, comme si l'agitation du monde m'était soudainement insupportable, je n'aspire plus qu'a une profonde solitude à laquelle me livrer toute entière et la moindre parole m'irrite. Je me couche à une heure qui n'est pas la mienne, sans avoir rien avalé d'autre qu'un peu d'alcool de la journée, je n'ai de toute manière pas plus faim que je n'ai sommeil, et je reste étendue au travers du lit pendant un long moment. Comme sonnée jusqu'à ce que mon Amour vienne se glisser contre moi; nous nous étreignons silencieusement et les solitudes s'éteignent lorsque je m'absorbe entre ses bras, il y a bien peu à dire qui ne soit superflu.

Jeudi soir, j'ai vu le nouveau spectacle de Tristan-Edern Vaquette, et le week end de la Pentecôte est passé. Les voisins sont allés quelque part et moi je suis restée ici, je n'ai pas eu besoin de partir à la recherche d'une destination – on ne voyage pas en exil.

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