Quand mon 6'35 me fait les yeux doux...

(dépression au-dessus du jardin)

27 juillet 2009

L'imposture.

L'étendue blanche du corps reposait au centre du lit, les bras écartés dans la crucifixion des nuits tendres, un drap tombant sur la courbe des hanches parachevait cette icône du plus ravissant des sommeils. Tandis que sa respiration flottait régulièrement dans l'air je pensais à la place impudique qu'il me faudrait prendre auprès de lui dans quelques instants, au risque de déséquilibrer l'ensemble à moins de m'étendre à ses pieds dans la vénération respectueuse des êtres véritablement aimables, je n'avais d'autres choix que de parjurer le droit naturel par ma présence à son égal. J'hésitai quelques instants à ne pas me coucher, craignant une bassesse de vanité en désirant toucher à cette image pure au plus près par des raisons ne pouvant être que trop sentimentales pour être sources  d'honnêtetés. Pourtant je désirais m'étendre à la surface de son coeur.

Finalement résolue à ne pas dormir ailleurs qu'auprès de lui, je me glissais sur sa gauche et posa ma nuque contre son bras, du bout des lèvres, je l'embrassai.

Il est fréquent d'associer le sujet de son amour à un ange qui veillerait sur l'Aimé comme Cerbère aux Enfers, d'une manière de dire « Voyez, l'amour est sauf dès qu'il est gardé par une de ces puissances divines ! » alors que l'on rejoue seulement la gloriole des impuissants, l'histoire d'un ange sans sexe servant de garde fou à ceux que les sentiments éloignent de toute raison. Et ils crient à l'enchantement en se croyant Élus quand ils ne sont que le bétail en geôle gardé par des chiens.
Pourtant qui peut coucher dans le plumard d'un Saint sans s'enorgueillir un seul instant du miracle ? Et qui, au lever du jour, s'en ira doucement prier sa trop grande chance et expier son trop beau bonheur dans la sueur et la solitude des exercices physiques ?
L'égalité que les moeurs veulent asseoir en Amour n'existe qu'en songes, tout se paie au prix que l'on veut bien débourser, comme lors des événements alternatifs qui n'exigent qu'une donation de valeur estimée. Je paie et je prends cher, car j'ordonne et reçois des moments magnifiques, de belles nuits touchantes de grâce et de fébrilité, entre les bras d'un Saint ne veillant qu'a les ouvrir pour moi sans attendre ou demander plus que des sentiments honnêtes.
Il n'y a donc aucun mérite à recevoir des dons célestes, quand on se sait terriblement humain, je n'ai pas toujours les moyens de mon désir ni la capacité d'éviter l'infortune, pourtant c'est humblement, avec un respect et un amour infini, que je me couche le long de son grand coeur, car je sais le mien plus petit.



25 juin 2009

C'est infernal d'enfoncer une porte toujours aussi mal fermée.

En attendant le prix de Flore j'écris une nouvelle sur les amours mortes et la naïveté des jeunes filles modernes, j'y cite Mike Brant parce que sa vie est l'exact sens du drame et puis je n'ai que trop parlé de Joe Dassin dans mes précédents écris, voyez comme je me renouvelle dans ma fosse de vedettes décédées. Lorsque je vivais chez mes parents, ma mère m'avait donné une veille boite de chaussures qui contenait des centaines de fiches Bristol retraçant la biographie et les principaux succès des chanteurs qu'elle écoutait à ses dix sept ans, en 1971. J'ai lu toutes les fiches annotées à la main avec l'attention qu'elles méritaient, autant dire que j'en connais un rayon sur les gloires posthumes qui ont marqué l'âge d'or de la variété française, je pourrai en chier des pages et des pages s'il le fallait.

clopes

Ce matin, je ne suis pas allée courir, il pleuvait, et cela m'affecte plus que ça ne le devrait, courir après le rien, comme le chantait Balavoine, c'est une façon honnête de se raccrocher à la vie, et je m'en vois privée par de basses considérations météorologiques que je ne peux absolument pas contrôler, c'est dire si cette contrainte m'est insupportable. J'ai même pensé à faire du vélo d'appartement en remplacement mais j'étais beaucoup trop contrariée, en sus, je venais de fumer des cigarettes contre la rambarde de mon escalier et je risquais l'arrêt cardiaque ou la mort lente et douloureuse promise sur mon paquet, ce qui est antinomique dans l'immédiat mais tout à fait égal à long terme. J'ai d'ailleurs recommencé à acheter des paquets souples depuis quelques jours, plus par rébellion que par audace. Ce basculement s'est opéré quand j'ai compris que l'aluminium des paquets normaux serait, à terme, définitivement remplacé par du papier recyclé, c'est un éco-fascisme supplémentaire qui m'a semblé insupportable, ajouté à une éternelle agression visuelle : Une petite feuille beigeasse sur laquelle est imprimé de traviole les mots « papier recyclé papier recyclé papier recyclé papier recyclé » sur toute la largeur. Je suppose que cette idée est venue à des publicistes idiots, qui avaient préalablement demandés une étude sur la question des fumeurs jetant nonchalamment leur emballage de clopes en pleine rue. Bien heureux qu'ils ont été de pouvoir moraliser à nouveau nos vies par une discrète infantilisation supplémentaire, parce qu'en plus de fumer et de propager le cancer plus vite que la grippe A, nous polluons.

C'est un crime et en tant que fumeuse je tiens le rôle de l'assassin aliéné par sa dépendance, trop peu éclairé par l'intérêt écologique collectif pour avoir l'idée de jeter mes emballages en aluminium dans une poubelle plutôt que par terre, il est bien normal de vouloir remédier à ce fléau.
Dans des moments comme ceux ci j'ai terriblement envie de déchirer les cartes électorales de tout ceux qui sont allés voter Europe Écologie il y a trois semaines, car n'avoir aucune conscience politique mais voter tout de même, puisqu'il faut bien le faire, est une bizarrerie somme toute drolatique, mais réclamer une pareille farce à 16 %  doit relever d'une tendance au masochisme. Il est vrai que depuis mes quinze ans, je n'ai plus jamais pensé que la décroissance était quelque chose de sympa ou de marrant.
Outre cela, j'ai également remarqué que les produits estampillés « écologie » étaient d'une laideur incroyable, c'est un grand pas vers le vulgaire auquel je refuse d'être sacrifiée. J'achète désormais des paquets souples, en aluminium et certes très peu pratiques, mais il faut faire des choix et le beau est parfois inconfortable ou douloureux. Je devrai prévenir mes buralistes préférés de ce choix par dépit qui ne m'enchante guère, elles qui me fournissaient par habitude sans même avoir à me demander ce que je désirais. Toute une connivence à refaire, il y aura l'hésitation fébrile des débuts à asseoir sur les anciens usages « un paquet de Lucky... souple, s'il vous plaît. » J'aurai alors conscience de ma résistance quotidienne et dans les livres d'Histoire on parlera de moi comme celle qui refusait de céder à son temps, implicitement les élèves penseront que j'avais bien raison ou que j'étais excessivement relou, mais ils étudieront mes oeuvres avec un ravissement inouï. En attendant le prix de Flore – que je n'aurai jamais puisque, moi, je sais écrire, et que je n'aime pas l'écologisme; j'ai une nouvelle plus belle encore que les chansons de Mike Brant à terminer, ça parle d'amour et d'alcools tièdes, tout ce que les écologistes ne connaissent pas.

18 juin 2009

carte postale.

L'été de mes vingt ans ressemble à celui de n'importe qui, il y a les soirées où l'on boit de mauvais alcools dans des bars sombres et sans terrasse en oubliant que les troquets ferment à une heure bien trop décente le vendredi, à l'orée de la nuit. Nous sommes alors très occupées à ingérer beaucoup et vite avant d'aller danser. Il y a les lendemains où nous dessaoulons dans l'herbe du jardin des plantes, ceux où nous nous promenons le long de la Garonne, l'eau est moins bleue que le ciel et le vent ne rafraîchit rien, pourtant on y revient courir dans la mollesse des lundi matin. Les autres jours nous sourions sur les photographies, dans des teintes vertes, blanches et or, et remplissons des grilles de mots croisés en se faisant bronzer les jambes. Tout doucement la chaire se colore, et d'aise nous soupirons à la pensée de tout les trains que nous pourrions prendre en direction de tout les endroits où nous n'irons pas. Il est presque seize heure, et la séance va bientôt commencer, il faut se rendre au cinéma pour voir un film français, il y fera sûrement un peu plus froid et les fauteuils seront confortables, nous pourrons regretter l'époque du cinémascope, c'était un temps où les filles étaient réellement jolies et bien coiffées, même en été.

Après m'être perdue dans l'ivresse des divertissements, j'ouvre avec plaisir un de ces livres austère fait d'histoires sérieuses et de gens préoccupés par le proche anéantissement du monde. Confirmant ainsi ce que j'ai toujours pensé des distractions, elles ne sont que l'occupation des neurasthéniques profond ou des esprits frivoles, ceux que l'ennui indiffére lorsqu'il se maquille en ère de fête, et qui profitent par peur de voir leur jeunesse mourir. Adolescente, j'étais déjà vieille, et rien ne m'ennuie plus que les distractions spectaculaires, je m'engourdi de cette oisiveté avec la paresse et le dégout nécessaire, sous la peau grasse de crème solaire. Comme mes amies je suis désespérée, mais aucune course n'éloigne mes tristesses, la chaleur me coupe l'appétit et étouffe mes nuits, je cachetonne aux antalgiques à chaque début de soirée et me couche assommée par le bruit de la ville. Le soleil est une peine cruelle lorsqu'on ne sait pas quoi en faire.

L'été de mes vingt ans ressemble à celui de n'importe qui, il y a les soirées avec lesquels je tombe en même temps que la nuit, les lendemains heureux de se savoir vivant. L'été de mes vingt ans s'écoule en semaines amusantes, c'est une ellipse dont l'importance ne sert pas au récit, un ornement saisonnier dont nous parlerons peu puisque les mondanités ne séduisent que l'instant et que nous désirons l'infini. Hélas, l'été arrive, et nous attendrons octobre pour vivre, j'aurai vingt et un ans et tout ira mieux.

Posté par Aem_ à 15:39 - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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