Quand mon 6'35 me fait les yeux doux...

(dépression au-dessus du jardin)

11 juillet 2009

L'été autour d'une table ronde.

- Célébrer un anniversaire automnale en été.
- Acheter du rouge dans une région viticole.
- Traverser la France d'un château l'autre.
- Profiter de la fraîcheur des cités médiévales.
- S'étendre sur l'herbe rousse d'une plaine ensoleillée.
- Les cartes postales en forme de bulletin de santé.
- Lire des romans de chevalerie et leurs poésies.
- Acheter une épée.
- Inventer le bleu d'une mer dans l'azur du ciel.
- Réussir des grilles de mots fléchés force 4.
- Boire du vin dans une terre désertique.
- Porter des vêtements bleu et blanc rayés.

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06 juillet 2009

Splendeurs et misères des campagnes.

« Il est des êtres auxquels l'Etat Social imprime des destinations fatales. »
Balzac.

Nous traversions la vallée en voiture, aux feux rouges je regardais les habitants de ces villages embusqués, comme enterrés par les montagnes et les forêts de sapins, c'était de vieux messieurs élégants quoi qu'encartonnés dans leurs costumes de tweed marron, aux cheveux laqués de brillantine, qui gardaient fière allure dans le paysage mort. En habits du dimanche ils rendaient peut être visite aux oubliés des petites bourgades dont les cimetières sont plus grand que le centre. Cet été Jean Pierre Mocky tourne un téléfilm dans une ville proche de la mienne, c'est un drame social avec Nathalie Baye, et ils recherchent des figurants, ce n'est pas les licenciés du textile qui vont manquer la représentation. Dire qu'il y a quarante ans c'était la comédie des Grandes Gueules qui se jouait avec Bourvil et Ventura, les troquets recueillant le flux des habitués du petit matin au déjeuner de midi, les boutiques fièrement tenues et les parties de pêche le dimanche après midi à somnoler près de sa ligne après la cuite de la veille. Entre temps les usines ont fermé, et les scieries aussi, même le bistrot qui avait emprunté son nom au film n'existe plus; j'y jouais au billard lorsque j'avais huit ans. Maintenant il y a Mocky réalisant un drame social avec Nathalie Baye, quelque chose d'accordé avec le paysage et l'époque – un spectacle au rabais dont la maigre prétention suffit à considérer la misère de l'ensemble. On ne sera pas déçu à l'Est de la France car on espère rien, là bas les supermarchés à bas prix font fermer les géants implantés depuis des années, les cheminées se sont éteintes lorsqu'elles n'ont pas été rasées, comme l'usine dans laquelle mes parents ont travaillé pendant trente ans. En remplacement il n'y a que des étendues vides de graviers et de terres boueuses, parfois quelques pancartes fantomatiques rappelant l'existence d'un monde d'avant ou des affiches de cercueils à l'effigie des vies ruinées. La vallée se ferme sur elle même dans un cloaque qui garderait sa fumée de poussière, et personne n'y vient si ce n'est Jean Pierre Mocky pour y tourner son drame en quatre vingt dix minutes retraçant l'affreux vide qui succède aux années de bagnes à travailler le tissu que l'on importe maintenant de Chine.

Je ne viens que deux fois par an dans cette terre abandonnée, pour saluer ma famille comme on veille les morts. Avec l'âge leurs yeux se délavent comme s'ils en avaient trop vu, et la couleur passe d'un marron intense à un bête châtain pâle, il y a également leurs lèvres, presque aussi fines en leur centre qu'aux commissures, dont on imagine une digestion progressive par l'intérieur, une consumation de la chair par la chair. Dans quelques années il ne restera plus qu'un mince trait soulignant le souvenir d'une bouche aux lèvres rebondies, avide des plaisirs et des creux qui l'ont dévorée, et ça sera tout, comme on dit au boucher à la fin de la commande : ça sera tout.

02 juillet 2009

Un suicide sur les rails.

A la gare d'Etampes mon train fût immobilisé pendant une heure et demie, sur le quai l'agitation était vive et les passagers excédés, « il aurait pu choisir un autre jour ! » disait une femme aux cheveux rouges. Au téléphone j'essayais de gérer quelques soucis logistiques, de ma bouche passaient quelques mots, des soupirs, la fumée des cigarettes et mes ongles rongés, il fallait attendre la police, le médecin, les pompiers. Après une heure et demie en plein cagnard le train redémarra, et en passant devant la gare de Bretigny nous vîmes le corps étendu sous un drap. J'étais côté fenêtre, sous le soleil ça n'avait pas vraiment l'air triste. Dans le métro je laissai passer les stations aux noms célèbres et manqua ma correspondance de peu, la mort m'avait mise en retard mais les contrôleurs de gare étaient coopératifs, il y a des urgences contrariantes qu'on ne peut blâmer. Je n'ai pas eu le coeur à l'angoisse, simplement la fatigue occasionnée par dix heures de trajets tracassés faisait naître en moi l'engourdissement provoqué par les longs sommeils. J'ai croisé la mort sur le quai d'une gare de l'Essonne, elle était un drap blanc contrastant avec le gris béton du dehors, épousant les formes peu abîmées du corps, on distinguait même sur elle le noir passé de la semelle d'une chaussure de ville.

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25 juin 2009

C'est infernal d'enfoncer une porte toujours aussi mal fermée.

En attendant le prix de Flore j'écris une nouvelle sur les amours mortes et la naïveté des jeunes filles modernes, j'y cite Mike Brant parce que sa vie est l'exact sens du drame et puis je n'ai que trop parlé de Joe Dassin dans mes précédents écris, voyez comme je me renouvelle dans ma fosse de vedettes décédées. Lorsque je vivais chez mes parents, ma mère m'avait donné une veille boite de chaussures qui contenait des centaines de fiches Bristol retraçant la biographie et les principaux succès des chanteurs qu'elle écoutait à ses dix sept ans, en 1971. J'ai lu toutes les fiches annotées à la main avec l'attention qu'elles méritaient, autant dire que j'en connais un rayon sur les gloires posthumes qui ont marqué l'âge d'or de la variété française, je pourrai en chier des pages et des pages s'il le fallait.

clopes

Ce matin, je ne suis pas allée courir, il pleuvait, et cela m'affecte plus que ça ne le devrait, courir après le rien, comme le chantait Balavoine, c'est une façon honnête de se raccrocher à la vie, et je m'en vois privée par de basses considérations météorologiques que je ne peux absolument pas contrôler, c'est dire si cette contrainte m'est insupportable. J'ai même pensé à faire du vélo d'appartement en remplacement mais j'étais beaucoup trop contrariée, en sus, je venais de fumer des cigarettes contre la rambarde de mon escalier et je risquais l'arrêt cardiaque ou la mort lente et douloureuse promise sur mon paquet, ce qui est antinomique dans l'immédiat mais tout à fait égal à long terme. J'ai d'ailleurs recommencé à acheter des paquets souples depuis quelques jours, plus par rébellion que par audace. Ce basculement s'est opéré quand j'ai compris que l'aluminium des paquets normaux serait, à terme, définitivement remplacé par du papier recyclé, c'est un éco-fascisme supplémentaire qui m'a semblé insupportable, ajouté à une éternelle agression visuelle : Une petite feuille beigeasse sur laquelle est imprimé de traviole les mots « papier recyclé papier recyclé papier recyclé papier recyclé » sur toute la largeur. Je suppose que cette idée est venue à des publicistes idiots, qui avaient préalablement demandés une étude sur la question des fumeurs jetant nonchalamment leur emballage de clopes en pleine rue. Bien heureux qu'ils ont été de pouvoir moraliser à nouveau nos vies par une discrète infantilisation supplémentaire, parce qu'en plus de fumer et de propager le cancer plus vite que la grippe A, nous polluons.

C'est un crime et en tant que fumeuse je tiens le rôle de l'assassin aliéné par sa dépendance, trop peu éclairé par l'intérêt écologique collectif pour avoir l'idée de jeter mes emballages en aluminium dans une poubelle plutôt que par terre, il est bien normal de vouloir remédier à ce fléau.
Dans des moments comme ceux ci j'ai terriblement envie de déchirer les cartes électorales de tout ceux qui sont allés voter Europe Écologie il y a trois semaines, car n'avoir aucune conscience politique mais voter tout de même, puisqu'il faut bien le faire, est une bizarrerie somme toute drolatique, mais réclamer une pareille farce à 16 %  doit relever d'une tendance au masochisme. Il est vrai que depuis mes quinze ans, je n'ai plus jamais pensé que la décroissance était quelque chose de sympa ou de marrant.
Outre cela, j'ai également remarqué que les produits estampillés « écologie » étaient d'une laideur incroyable, c'est un grand pas vers le vulgaire auquel je refuse d'être sacrifiée. J'achète désormais des paquets souples, en aluminium et certes très peu pratiques, mais il faut faire des choix et le beau est parfois inconfortable ou douloureux. Je devrai prévenir mes buralistes préférés de ce choix par dépit qui ne m'enchante guère, elles qui me fournissaient par habitude sans même avoir à me demander ce que je désirais. Toute une connivence à refaire, il y aura l'hésitation fébrile des débuts à asseoir sur les anciens usages « un paquet de Lucky... souple, s'il vous plaît. » J'aurai alors conscience de ma résistance quotidienne et dans les livres d'Histoire on parlera de moi comme celle qui refusait de céder à son temps, implicitement les élèves penseront que j'avais bien raison ou que j'étais excessivement relou, mais ils étudieront mes oeuvres avec un ravissement inouï. En attendant le prix de Flore – que je n'aurai jamais puisque, moi, je sais écrire, et que je n'aime pas l'écologisme; j'ai une nouvelle plus belle encore que les chansons de Mike Brant à terminer, ça parle d'amour et d'alcools tièdes, tout ce que les écologistes ne connaissent pas.

18 juin 2009

carte postale.

L'été de mes vingt ans ressemble à celui de n'importe qui, il y a les soirées où l'on boit de mauvais alcools dans des bars sombres et sans terrasse en oubliant que les troquets ferment à une heure bien trop décente le vendredi, à l'orée de la nuit. Nous sommes alors très occupées à ingérer beaucoup et vite avant d'aller danser. Il y a les lendemains où nous dessaoulons dans l'herbe du jardin des plantes, ceux où nous nous promenons le long de la Garonne, l'eau est moins bleue que le ciel et le vent ne rafraîchit rien, pourtant on y revient courir dans la mollesse des lundi matin. Les autres jours nous sourions sur les photographies, dans des teintes vertes, blanches et or, et remplissons des grilles de mots croisés en se faisant bronzer les jambes. Tout doucement la chaire se colore, et d'aise nous soupirons à la pensée de tout les trains que nous pourrions prendre en direction de tout les endroits où nous n'irons pas. Il est presque seize heure, et la séance va bientôt commencer, il faut se rendre au cinéma pour voir un film français, il y fera sûrement un peu plus froid et les fauteuils seront confortables, nous pourrons regretter l'époque du cinémascope, c'était un temps où les filles étaient réellement jolies et bien coiffées, même en été.

Après m'être perdue dans l'ivresse des divertissements, j'ouvre avec plaisir un de ces livres austère fait d'histoires sérieuses et de gens préoccupés par le proche anéantissement du monde. Confirmant ainsi ce que j'ai toujours pensé des distractions, elles ne sont que l'occupation des neurasthéniques profond ou des esprits frivoles, ceux que l'ennui indiffére lorsqu'il se maquille en ère de fête, et qui profitent par peur de voir leur jeunesse mourir. Adolescente, j'étais déjà vieille, et rien ne m'ennuie plus que les distractions spectaculaires, je m'engourdi de cette oisiveté avec la paresse et le dégout nécessaire, sous la peau grasse de crème solaire. Comme mes amies je suis désespérée, mais aucune course n'éloigne mes tristesses, la chaleur me coupe l'appétit et étouffe mes nuits, je cachetonne aux antalgiques à chaque début de soirée et me couche assommée par le bruit de la ville. Le soleil est une peine cruelle lorsqu'on ne sait pas quoi en faire.

L'été de mes vingt ans ressemble à celui de n'importe qui, il y a les soirées avec lesquels je tombe en même temps que la nuit, les lendemains heureux de se savoir vivant. L'été de mes vingt ans s'écoule en semaines amusantes, c'est une ellipse dont l'importance ne sert pas au récit, un ornement saisonnier dont nous parlerons peu puisque les mondanités ne séduisent que l'instant et que nous désirons l'infini. Hélas, l'été arrive, et nous attendrons octobre pour vivre, j'aurai vingt et un ans et tout ira mieux.

Posté par Aem_ à 15:39 - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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