Quand mon 6'35 me fait les yeux doux...

(dépression au-dessus du jardin)

24 août 2009

Il est mort d'avoir trop vécu.

Je tape parfois dans un petit dictionnaire de synonymes afin de me payer quelques bonnes lignes à peu de frais et de tergiversations stylistiques. Il n'empêche que le sentiment d'imposture persiste, si les mots et les idées sont l'affaire de tous, quelle est ma grande affaire à moi ? Je tends l'oreille aux caisses des supermarchés, aux croisements des feux de signalisation, à chaque endroit mitraillé de vies et de passages, partout ce sont les mêmes truismes qui bordent le plan-plan des conversations privées. Je ne sais s'il s'agit d'un problème de temporalité ou de génie, je suis née sous Mitterand, gouvernement Rocard, après tout, que peut il advenir de cette génération là ? Mon désespoir augmente avec le nombre des années, s'approchent mes vingt et un printemps et si jeune soit elle, ma vie ressemble à un hiver de mille ans.

A l'embouchure de la rue Alsace-Lorraine les maquereaux tout d'orange vêtus de WWF m'alpaguent, s'y mettant à deux autour de moi, tellement nombreux que je me voyais rouée de coups en place de grève si j'avouais par courage et malheur mon aversion pour les pandas et l'écofascisme « Vous n'avez même pas une petite minute pour la nature et l'environnement ? » me dit un jeune homme visiblement sympathique et probablement cool, il me sourit tendrement. Mais, « pas une minute ni même une seconde ! » répondis-je indignée, en m'écartant rapidement. Sûrement pense t'il à cette heure que le consumérisme avait déjà bien trop brûlé mon âme pour qu'il puisse m'aider à expier mes négligences à raison de sept ou vingt billets par mois. Je déteste ces gens, indirectement les objecteurs de bonne conscience nuisent à l'humanité plus que tout autre fléau infâme, ni dieu ni maître, certes, plus que des curés en laisse prêchant à chaque coin de rue pour leurs dégueulasses paroisses. C'est donc cela, ma génération, pétrie d'aimables intentions et d'idiotie, ce sont de gentils benêts que la honte n'a jamais arrêté, elle aurait du pourtant, ça nous aurait peut être évité ces drames de Walt Disney au tragi-comique de pacotille, même Mickey n'aurait jamais osé faire de l'écologie un sujet aussi important. « C'est l'affaire de tous ! » disait une jeune sbire orangée à un garçon auréolé de joie. L'affaire de tous peut être, pensais-je, mais pas ma grande affaire à moi.

La place rose était noire, j'écoutais Bécaud afin de jeter un peu de joliesse dans le paysage, les badauds se plaignaient de la chaleur, je pensais encore au jardin du château de La Palice que j'avais visité en juillet dernier, il devait y faire frais sous les arbres centenaires à ce moment de la journée, j'y serai bien retournée.

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25 juin 2009

C'est infernal d'enfoncer une porte toujours aussi mal fermée.

En attendant le prix de Flore j'écris une nouvelle sur les amours mortes et la naïveté des jeunes filles modernes, j'y cite Mike Brant parce que sa vie est l'exact sens du drame et puis je n'ai que trop parlé de Joe Dassin dans mes précédents écris, voyez comme je me renouvelle dans ma fosse de vedettes décédées. Lorsque je vivais chez mes parents, ma mère m'avait donné une veille boite de chaussures qui contenait des centaines de fiches Bristol retraçant la biographie et les principaux succès des chanteurs qu'elle écoutait à ses dix sept ans, en 1971. J'ai lu toutes les fiches annotées à la main avec l'attention qu'elles méritaient, autant dire que j'en connais un rayon sur les gloires posthumes qui ont marqué l'âge d'or de la variété française, je pourrai en chier des pages et des pages s'il le fallait.

clopes

Ce matin, je ne suis pas allée courir, il pleuvait, et cela m'affecte plus que ça ne le devrait, courir après le rien, comme le chantait Balavoine, c'est une façon honnête de se raccrocher à la vie, et je m'en vois privée par de basses considérations météorologiques que je ne peux absolument pas contrôler, c'est dire si cette contrainte m'est insupportable. J'ai même pensé à faire du vélo d'appartement en remplacement mais j'étais beaucoup trop contrariée, en sus, je venais de fumer des cigarettes contre la rambarde de mon escalier et je risquais l'arrêt cardiaque ou la mort lente et douloureuse promise sur mon paquet, ce qui est antinomique dans l'immédiat mais tout à fait égal à long terme. J'ai d'ailleurs recommencé à acheter des paquets souples depuis quelques jours, plus par rébellion que par audace. Ce basculement s'est opéré quand j'ai compris que l'aluminium des paquets normaux serait, à terme, définitivement remplacé par du papier recyclé, c'est un éco-fascisme supplémentaire qui m'a semblé insupportable, ajouté à une éternelle agression visuelle : Une petite feuille beigeasse sur laquelle est imprimé de traviole les mots « papier recyclé papier recyclé papier recyclé papier recyclé » sur toute la largeur. Je suppose que cette idée est venue à des publicistes idiots, qui avaient préalablement demandés une étude sur la question des fumeurs jetant nonchalamment leur emballage de clopes en pleine rue. Bien heureux qu'ils ont été de pouvoir moraliser à nouveau nos vies par une discrète infantilisation supplémentaire, parce qu'en plus de fumer et de propager le cancer plus vite que la grippe A, nous polluons.

C'est un crime et en tant que fumeuse je tiens le rôle de l'assassin aliéné par sa dépendance, trop peu éclairé par l'intérêt écologique collectif pour avoir l'idée de jeter mes emballages en aluminium dans une poubelle plutôt que par terre, il est bien normal de vouloir remédier à ce fléau.
Dans des moments comme ceux ci j'ai terriblement envie de déchirer les cartes électorales de tout ceux qui sont allés voter Europe Écologie il y a trois semaines, car n'avoir aucune conscience politique mais voter tout de même, puisqu'il faut bien le faire, est une bizarrerie somme toute drolatique, mais réclamer une pareille farce à 16 %  doit relever d'une tendance au masochisme. Il est vrai que depuis mes quinze ans, je n'ai plus jamais pensé que la décroissance était quelque chose de sympa ou de marrant.
Outre cela, j'ai également remarqué que les produits estampillés « écologie » étaient d'une laideur incroyable, c'est un grand pas vers le vulgaire auquel je refuse d'être sacrifiée. J'achète désormais des paquets souples, en aluminium et certes très peu pratiques, mais il faut faire des choix et le beau est parfois inconfortable ou douloureux. Je devrai prévenir mes buralistes préférés de ce choix par dépit qui ne m'enchante guère, elles qui me fournissaient par habitude sans même avoir à me demander ce que je désirais. Toute une connivence à refaire, il y aura l'hésitation fébrile des débuts à asseoir sur les anciens usages « un paquet de Lucky... souple, s'il vous plaît. » J'aurai alors conscience de ma résistance quotidienne et dans les livres d'Histoire on parlera de moi comme celle qui refusait de céder à son temps, implicitement les élèves penseront que j'avais bien raison ou que j'étais excessivement relou, mais ils étudieront mes oeuvres avec un ravissement inouï. En attendant le prix de Flore – que je n'aurai jamais puisque, moi, je sais écrire, et que je n'aime pas l'écologisme; j'ai une nouvelle plus belle encore que les chansons de Mike Brant à terminer, ça parle d'amour et d'alcools tièdes, tout ce que les écologistes ne connaissent pas.

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