21 octobre 2009
quelques nouvelles.
Ambiance : j'écoute la radio de Bide&Chanson en mangeant du fromage de sous marque acheté au Monoprix. Ces dernières semaines j'ai écouté une demi centaine de fois la bande originale d'un film de Christophe Honoré en arpentant les rues, la honte collée au corps et la peur sans cesse renouvelée de voir mon affection démasquée par l'entourage. J'ai bien fini par leur dire que j'avais un faible pour ce film là, et que la voix de Louis Garrel m'enchante bien plus que sa plastique. J'ai bravé les moqueries et essayé de me faire à l'idée que pour la plupart des gens, aimer un film de Christophe Honoré n'a rien de honteux – c'est peut être cela, le plus embêtant, mon entourage à mauvais goût, ils raillent la photo qui orne le fond d'écran de mon nouveau téléphone portable rose (une photographie en couleur de Joe Dassin avec un chat blanc) mais trouvent naturel d'apprécier le réalisateur français le plus ennuyant du nouveau siècle.
Il est seize heure et je dois passer chez les bouquinistes acheter un ou deux romans avant de fermer ma valise; demain je prends le train en direction du bord de mer et de ses rues désertées par les touristes. L'automne gratifie les stations balnéaires d'une tendre mélancolie, les pierres de la vieille ville se gorgent d'eau grise et les commerces semblent tous abandonnés au profit d'éphèmères marchés.
Je serai en famille pour une dizaine de jours à vivre au rythme lent des vagues et à peut être écrire les quelques pages qui se font attendre depuis des semaines. Pendant ce temps là, mon petit-ami fera le beau en Suisse, sur une scène de concert genevoise et ça fera trois ans et demi que nous serons ensemble à ce moment là.
Les choses semblent bien ordonnées, j'emporterai un livre de Houellebecq pour planter le décor de mon cinéma sur le rivage.
02 octobre 2009
Le dégoût me prend pour chaque lueur d'espoir.
Un temps que les moins de vingt ans ne pourront que connaître, et moi, qui en aurai vingt et un dimanche prochain, je vis dans l'écoeurement permanent. Payer des élèves pour qu'ils aillent à l'école, relancer le débat sur la castration chimique après un fait divers, juger Polanski trente ans après son crime d'un point de vue moderne, le savoir soutenu par une classe d'artistes stupides et démago, faire revoter les irlandais sur le traité de lisbonne, déballer publiquement les querelles d'ego de l'affaire Clearstream, s'occuper de l'écologie et considérer que c'est un problème très important, voir mes contemporains du même âge devenir réactionnaires et trouver dans les idéologies passées plus d'intérêt que dans la vacuité intellectuelle et politique moderne, et les comprendre, et presque se réjouir d'un retour à l'idéologie quelle qu'elle soit - rétrograde et austère. S'accommoder de ce monde là et ne plus rien en attendre, ne plus rien espérer car chaque avancée marque un retour en arrière et chaque décision traîne son cortège de poussière. Tout est affaire de sensiblerie et quotidiennement je m'habitue aux inepties mieux construites que d'autres, que l'on attaque mes valeurs sous l'angle de la culpabilité ne m'étonne plus, je vis avec cette nausée et cette faim quand je ne suis pas terrifiée à l'idée de toujours la ressentir.
A la terrasse d'un bistrot je parlais de cela avec une amie, je lui disais « réalises-tu que bientôt, nos modèles seront morts et qu'il ne restera plus que nous, notre génération et toutes les suivantes, et que rien n'adviendra car nous aurons fait en sorte de ne plus pouvoir avancer ? ». Nous en étions à notre troisième verre, elle me dit « sais-tu que tu me fous les glandes ? », et nous avons commandé une quatrième bière, ça n'allait pas mieux après cela, en dedans nous avions seulement plus chaud, et au dehors il faisait un peu plus froid.
Dictionnaire critique et raisonné des étiquettes de la Cour et des usages du monde.
(ou L'esprit des étiquettes et des usages anciens comparés aux modernes, par Madame la Comtesse de Genlis, 1818.)

A l'intention des littérateurs de mauvaise fortune et des gens malhonnêtes :
« Les écrivains qui ont du talent sont sans cesse attaqués par ceux qui n'en ont pas; les gens de lettres repoussés par l'Académie se vengent souvent par des épigrammes; toutes ces choses sont dans l'ordre; les révolutions n'y changent rien, elles n'anéantiront jamais l'envie, les dépits de l'amour-propre, et la méchanceté. Quand Piron a dit, en parlant de l'Académie : « Ils sont là quarante qui ont de l'esprit comme quatre », c'était comme on le fait dans les bons mots satiriques, se permettre une prodigieuse exagération. Pour être équitable, Piron peut être aurait du doubler ce nombre quatre; car aujourd'hui même il ne serait pas impossible, en cherchant bien, de trouver dans la foule des académiciens sept ou huit gens de lettres d'un mérite distingué. »
A l'intention de toutes les filles :
« Une mode que nous avons toujours vue en France dans le grand monde, et qui vraisemblablement ne passera jamais, est celle de se plaindre et d'affecter la lassitude de la dissipation et des plaisirs bruyants (...) Les femmes surtout sont inépuisables en gémissements et en phrases sentimentales et philosophiques, sur le bonheur de l'indépendance et de la tranquilité sédentaire. A les entendre, elles ne sont que des esclaves infortunées, forcées d'agir en tout malgré leur volonté secrète et contre leur inclination (...) D'où viennent ce dénigrement et ce ton de misanthropie presque universels parmi les femmes de tout âge ? On ne se rend point intéressante par des plaintes affectées, par des peines imaginaires, par une inconséquence frappante a tout les yeux; et rien n'est plus ennuyeux qu'une complainte éternelle sur l'ennui (...) Mais qu'espérer d'une personne de dix huit ans, blasée, misanthrope dégoutée de tout les plaisirs brillants de la société, qu'on rencontre et qu'on voit partout ? Tout ce que nous oserons dire à cet égard, c'est qu'on peut, sans danger et sans scandale, montrer de la bonne foi. »
