Quand mon 6'35 me fait les yeux doux...

(dépression au-dessus du jardin)

02 juin 2009

CREVEZ TOUS.

Vaquette_Photo_de_presse

Jeudi soir. Il fait chaud et je suis accoudée à une table, sur le trottoir de la rue Viguerie, à boire de la Heineken tiède avec des copains en scrutant d'un oeil timide le visage de l'homme en rouge – concentré. Un rapide tour à l'épicerie au coin de la rue pour se ravitailler en boissons avant que le spectacle ne commence, deux ou trois cigarettes pressées, le talon des chaussures – rouges, cogne le sol lorsqu'on annonce le début de la messe. Nous nous pressons dans la pièce remplie de costumes  et descendons l'escalier qui mène à la cave, les spectateurs sont déjà assis et la salle est plongée dans le noir. Un projecteur dirige sur le public une lumière aveuglante en rythme avec le son agressif d'une guitare, je prête à cet endroit une atmosphère cérémonieuse, presque oppressive, mais il s'agit peut être de ce lieu, de cette chaleur, de ce moment attendu depuis si longtemps, de ces gens assis et de cet homme debout.

Jeudi soir. Il fait chaud et je suis installée tout au fond d'une pièce enterrée sous le sol, à quelques mètres de là se trouve un homme tout de rouge vêtu que je regarde fixement. J'en prends pleins les yeux, réalisant avec peine que je manque de sens pour capturer l'étendue de ce qui s'offre à moi, à quelques mètres de là. Pourtant ce sont mes muscles qui pendant près de deux heures se tendent, dans un effort violent à me tenir bien droite et à saisir tout ce qui flotte dans l'air. C'est en entendant la voix de Jacques Brel que je feins d'écraser une larme, de celles qui se refusent à l'oeil mais le menace lorsque la concentration se délasse et que l'émotif prend irrémédiablement sa place. Peu de temps s'écoule avant que l'homme en rouge ne quitte la scène, mâchoire serrée.

Jeudi soir. Nous remontons enfin à la surface et à peine avons nous le temps de féliciter l'homme en rouge que je m'extirpe vers la rue fraîche. J'y fume, j'y bois, j'y discute, j'y temporise, les doigts tremblants encore un peu de ma stupide émotivité. Sur le chemin du retour je ne prends part à aucune discussion et avance tête baissée, comme si l'agitation du monde m'était soudainement insupportable, je n'aspire plus qu'a une profonde solitude à laquelle me livrer toute entière et la moindre parole m'irrite. Je me couche à une heure qui n'est pas la mienne, sans avoir rien avalé d'autre qu'un peu d'alcool de la journée, je n'ai de toute manière pas plus faim que je n'ai sommeil, et je reste étendue au travers du lit pendant un long moment. Comme sonnée jusqu'à ce que mon Amour vienne se glisser contre moi; nous nous étreignons silencieusement et les solitudes s'éteignent lorsque je m'absorbe entre ses bras, il y a bien peu à dire qui ne soit superflu.

Jeudi soir, j'ai vu le nouveau spectacle de Tristan-Edern Vaquette, et le week end de la Pentecôte est passé. Les voisins sont allés quelque part et moi je suis restée ici, je n'ai pas eu besoin de partir à la recherche d'une destination – on ne voyage pas en exil.

Commentaires

"Sometimes I feel like I don't have a partner".

Posté par RFM, 03 juin 2009 à 21:55

Il y a bien peu à dire qui ne soit superflu. On ne voyage pas en exil. Garde tes mots pour un livre. Nous souffrirons l'attente.... et l'envie.

Posté par Kropo, 03 juin 2009 à 22:18

Trop classe Vaquette, l'ai vu en février c'était rigolo, ai ressenti également une petite palpitation cardiaque quelquefois... mais jle préférais quand il était pas en mode rap, maintenant c'est un peu moins mon idole du coup. (Faut dire qu'il était un peu mauvais du flow.)

A la revoyure

Posté par Nada, 04 juin 2009 à 16:55

J'avais vu ce Vaquette...Il me semble, dans l'émission de Taddei.

Posté par Andy, 05 juin 2009 à 03:27

yo.

Nada : Il a un peu le même flow que Miss Amandine, la rappeuse du 38!

Andy : Oui oui c'était bien lui.

Posté par aem., 05 juin 2009 à 14:18

"on ne voyage pas en exil."

c'est d'une beauté et d'une lucidité cruelles.

Posté par sulfure, 09 juin 2009 à 17:10

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