Quand mon 6'35 me fait les yeux doux...

(dépression au-dessus du jardin)

25 mai 2009

De la vie des marionnettes.

marionettes

J'ai passé mon dimanche après midi à lire un blog très intéressant, entre deux aller et deux retour, pieds nus dans les miettes de ma cuisine, à alterner entre l'eau fraiche du frigo et l'eau tiède de la carafe. Le blog dont il est question est tenu par un psychothérapeute d'obédience cognitivo-comportementale qui raconte d'un ton caustique les coulisses de son cabinet à travers le portrait de certains patients et d'anecdotes diverses. En plus d'être intelligent et agréable à lire par le propos, l'auteur est drôle dans le style (j'ai été tout à fait séduite lorsque je l'ai lu citer Barbey d'Aurevilly dans l'excellent essai « Du dandysme et de George Brummel » dont je conseille la lecture à tout les jeunes morveux boboïsant qui confondent la posture et le style). J'ai donc passé quatre ou cinq heures sur son site, ce qui m'a amené à me poser des questions, en tant qu'ex étudiante en psychologie, en tant qu'ex patiente des cabinets froids et vieillots des pédopsychiatres, en tant que petite amie d'un garçon ayant suivit une longue psychothérapie et possédant lui même une licence de psychologie. Étant, finalement, entourée de toute cette psychologie dont je n'ai su que faire ni quoi comprendre.

Bien que cela soit un jugement sans fondement j'ai longtemps considéré les psychothérapeutes comme étant des charlatans, du seul fait qu'ils peuvent pratiquer sans diplômes. Aussi, je suis arrivée en fac de psychologie avec la fascination que connaîssent bien des étudiants envers la psychanalyse et autres logorrhée Freudiennes. Parallèlement à la mythification de la psychologie vient aussi sa vulgarisation, qui n'a pas entendu un ami, sa boulangère ou Carole Rousseau évoquer les termes de « pathologie », « névrose » ou, pire, de « transfert » ? J'ai d'ailleurs cessé de jouer à Questions pour un champion en ligne, après avoir perdu un point au 4 à la suite, dû à un honteux amalgame entre le transfert (phénomène entre analysé et l'analyste) et le déplacement.

Je me suis évidemment demandée à plusieurs reprises ce qui m'amenait à étudier la psychologie et à entrer dans cette voie de garage. Probablement le fait de voir les études supérieures comme un immense terrain de connaissance et de savoir plutôt que d'y chercher une formation professionalisante, je me suis engouffrée dans ces amphithéâtre délabrés par curiosité, cette même curiosité qui m'a fait préférer l'étude de l'Autre à tout le reste.
J'ai toujours eu cette noble tendance à exécrer ceux qui parlent sans savoir de quoi ils causent, et tout cela avec conviction; encore plus lorsqu'ils tiennent des discours psychologisants de personnes imbues d'elles même dès qu'elles ont tenu deux livres de Freud entre leurs mains. Aux mieux ces discours m'amusent, j'ai toujours été convaincue qu'on en apprenait plus sur l'analyste amateur que sur le prétendu analysé, surtout lorsqu'il orne ses discours en termes grandiloquents « je crois qu'elle établit un transfert avec sa mère et qu'elle n'a pas résolu son complexe d'Electre. »

Je crois que ce flou autour de la psychanalyse fascine énormément, l'idée de ce qui nous échappe et auquel on tend naturellement à donner du sens, ce manque de preuves tangibles qui permet aux amateurs d'y entendre ce qu'ils désirent. J'ai rapidement abandonné la lecture de Freud, il est une porte d'entrée à la psychologie comme Nietzsche est une voie d'entrée à la philosophie – mieux vaut passer par la fenêtre ou s'arrêter devant la porte que de poursuivre dans ce chemin là. Le mois dernier, alors que je me confrontais à la Mythologie auquel je ne connaissais rien, j'ai commencé par lire un solide ouvrage généraliste retraçant les principaux mythes grecs et romains, puis j'ai lu les auteurs antiques eux même et leurs oeuvres principales, enfin j'ai émis des préférences et tiré des leçons de tout cela. Il me semble avoir pratiqué une méthode rigoureuse et saine afin de pénétrer un domaine qui m'était tout a fait étranger, je l'ai fais avec prudence car la compréhension m'importe plus que le savoir, mais il se trouve que peu de gens prennent ces précautions d'usage et préfèrent foncer tête baissée – ce qui implique évidemment d'enfoncer des portes ouvertes.

J'avoue avoir été une mauvaise étudiante en psychologie, c'est en partie cela – cela et l'ennui, qui m'ont poussé à arrêter, j'étais là bas pour de mauvaises raisons et m'étais trompée d'objet d'étude, les amphithéâtre sont alors devenu un spectacle lassant. Je n'en suis pas moins intéressée par ce domaine, mais avec distance et tout en sachant ce qui me fait barrage.

Je poursuivrai mon monologue avec joie mais il me reste quarante pages des Liaisons dangereuses de Laclos à lire avant de me coucher, et je souhaiterai terminer ce livre avant de voir ma semaine commencer.



15 mai 2009

Les volets bleus.

volets_bleu

Je repense à cette maison sur la côte qui surplombait le paysage et offrait aux habitants un regard merveilleux sur le monde, une étendue de champs et de pins allant jusqu'à se noyer dans l'eau marine. Un endroit d'où prier je ne sais quelle déité dans un silence courtois. Nous devions nous  presser car le ciel se faisait menaçant et nous étions encore loin de notre location, la fin d'après midi avançait à grand pas et l'air prenait ce goût d'iode et d'électricité. En passant devant les volets bleus pastel de la bâtisse un chien aboya et me fit sursauter, je descendis en hâte par le chemin de terre et pris une photographie de l'endroit afin de ne plus l'oublier.

Posté par Aem_ à 03:32 - C'est pas du sang, c'est du rouge. - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

07 mai 2009

Tout va pour le mieux dans le pire des mondes.

Hier, lorsque je buvais une bière en lisant l'Odyssée, j'ai compris que ma vie était déjà un grand film de cinéma en noir et blanc sans clap de fin, j'ai alors eu envie d'un destin moins moderne, mes lendemains formeront une épopée armée, j'ai décidé de partir en croisade.

Au bout de la rue St Rome j'ai attrapé le papier tendu par un vieil homme, il tenait dans sa main gauche un sac plastique Damart, et de la droite il prêchait pour sa paroisse. Un peu plus tard une jeune asiatique se promenant au bras de son compagnon m'a interpellée, elle portait une robe vaporeuse, rose à poids blancs, ses cheveux suivaient le sens du vent, elle semblait avancer en sautillant, jusqu'au moment où elle marcha dans une déjection canine. J'ai regardé la scène avec circonspection, et mes yeux ne pouvaient se détacher de ces pieds souillés marquant le sol à chaque pas. Au fond de ma poche j'ai senti les plis du saint papier fourré là quelques minutes plus tôt qui me brûlait à présent les doigts. Un drôle de hasard me laissant échapper aux vacuités éternelles. La fille disparu tout au bout de la rue et j'ai jeté le papelard dans la première poubelle venue, mon temps s'étiole, pensais je, l'instant présent est déjà dépassé, j'ai besoin de sens et d'émotions emportées.

Dès demain il me faudra trouver un cheval et une épée, je pars en croisade contre le monde entier.

Posté par Aem_ à 20:36 - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

02 mai 2009

Premier mai '06.

Nous nous sommes couché sur l'herbe au bord de la garonne, le feuillage des arbres ombrait nos peaux et le soleil – chaud, berçait les corps dans une douce langueur. Les René Binamé ne sont jamais venus au concert où nous les attendions, et nous avions manqué la manifestation qui ne nous attendait pas. J'avais ôté ton bracelet de force et le faisait tourner autour de mon poignet, il était sur les coups de treize heure.

Je t'ai fait parcourir toute la ville à la recherche d'un bureau de tabac ouvert et sur le chemin du retour j'ai rangé un brin de muguet dans les mèches de mes cheveux, nous nous sommes sans doute embrassés milles fois entre les berges et chez toi et j'énumérais avec insistance l'en dehors pour me souvenir à jamais du décor.

La répétition autiste des noms propres à leur annonce sous l'esplanade, le bruissement du vent dans le linge étendu aux fenêtres, un gobelet de bière froid posé sur le genoux tiède, l'écho au fond de la bouteille.

Je n'ai pu oublier le paysage depuis ma première contemplation, et c'est un regard tendre que je  porte sur lui quotidiennement. Entre hier et aujourd'hui cela fait trois ans que je t'aime.

Posté par Aem_ à 01:23 - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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