Quand mon 6'35 me fait les yeux doux...

(dépression au-dessus du jardin)

30 mars 2009

Une femme moderne II

Un pull over couleur tabac porté à même la peau et des talons hauts heurtant la pointe de ses pieds, chaque soir elle se raccommodait au sparadrap, et chaque matin l'adhésif laissait une trace collante tout autour de la blessure, créant là comme des remparts, un édifice aux déchirures. La journée commençait dans les restes de la précédente, un reliquat qui transformait les mois en séjour aux Enfers éternel – un quotidien brûlant, une histoire qui tient chaud au cul dans la froidure de l'automne, une douleur bien moins pénible à vivre sous le soleil de satan.

Elle était jolie à se damner et réunissait en son être les facultés qui transforment les filles en femmes, la capacité de séduire et d'effrayer. Dans le mou de ses bras, le tendre de ses cuisses, le bandant de ses seins, se trouvait cette douce pudeur transpirant de tout son corps, une timidité rouge au creux des articulations naissant lorsque la peau s'échauffe malgré elle. Cette féminité suave du corps abîmé par l'emprise du temps qui brave les fantasmes.

Dotée d'un don évident pour se mouvoir, sa démarche chaloupée attirait les regards, les yeux portés par le charme de l'élégance que l'on se surprend à croiser dans un endroit inapproprié, comme si le beau parvenait à nous saisir par sa rareté en cette époque imbécile. Le banal d'un vêtement bien mis et d'une coiffure soignée interpellait par son classique incongru, comme s'il était d'ordre ordinaire que d'être laid, et que l'accumulation de ces laideurs populaires avaient habituées l'oeil à ne plus voir. Érigeant alors les négligences en habitudes, et l'absence d'exigences normalisé.

S'en était triste et parfois, sur son chemin, des filles riaient, d'un rire moqueur et presque gêné, celui qui dévoile l'immensité du vide, l'incompréhension d'un esprit mal fait qui ne reconnaît rien que le temps présent. J'en étais sonné, sous l'effet de l'habituelle surprise, le magique coutumier que traînait derrière elle l'aura de cette femme là, comme une trainée de poudre à canon manquant de s'allumer au claquement de chacun de ses pas. Accroché à son bras je faisais office d'accessoire, pensaient les copains, et grassement je me voyais répondre que je m'en foutais puisque moi, je la sautais. Je taisais nos secrets, d'un mirifique ordurier, et de ces doux moments où j'embrassais les cloques formées au bout de ses pieds, les grimaces devant sa glace contenues par la douleur d'un corps que l'on contraint, sa beauté souffreteuse tard dans le petit matin. Je n'en touchais mot, feignant même de ne pas voir ni savoir d'où provenait ces taches brunes sur le dos de la main, je la regardais d'un oeil neuf au commencement du jour et me laissait aller à la surprise de sa splendeur, oubliant dès lors la bête qui avait rôdé la veille autour de ses traits.

Tenu en laisse par le fin de son bras, je m'accrochais à elle pendant que nous traversions les ruelles de la ville, rejoignant son ou mon appartement, un lieu aux volets clos où l'on parade sans défiler. Elle était jolie à se damner dans le bleu de la nuit, oscillant entre l'hybride sublime et monstrueux qui sous les caresses, se laisse approcher.

Posté par Aem_ à 04:15 - C'est pas du sang, c'est du rouge. - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


29 mars 2009

rien sur rien.

Dernier dimanche de mars, je me glisse dans la faille temporelle, comme s'il était permis d'amputer mes nuits par l'heure creuse. C'est un vide de plus que je ne comblerai pas, un manquement auquel on se fait, qui s'ajoute aux autres – une absence mathématique. Demain ne sera que la poursuite d'aujourd'hui et la journée passera d'un soleil blanc au fondu noir des films muets dans une continuité mortifère. Je n'ai plus le coeur à rien et mon banquier s'est tu toute la semaine, peut être a t'il compris entre deux écritures facturées qu'il pouvait bien me menacer, je n'avais rien à rendre, et que si je paierai mon rien c'est pour ne pas l'additionner en négatif. La dernière fois que nous nous sommes vu, il portait autour du cou une cravate de mauvais goût, représentant un personnage de Tex Avery aux dents longues sous lequel était écrit « je suis le grand méchant loup ». Le grotesque en milieu aseptisé effraie toujours plus qu'il ne devrait toucher, derrière son bureau je n'en menais pas large, entre désespoir et lassitude – le cynisme n'est pas en crise, la bouffonnerie non plus.

Alors on peut toujours m'amputer de ces moments imbéciles et de ces souvenirs morts, la vie me contraint à penser d'elle des choses bien violentes, s'il n'y avait pas l'amour et l'impossible à faire mentir, je n'aurai plus le coeur qu'a l'endormir, et docilement, j'irai me coucher.

Posté par Aem_ à 03:21 - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

18 mars 2009

Plus rien ne s'oppose à la nuit.

Le jour de la mort d'Alain Bashung je m'étais levée tard, comme chaque matin de week end et comme tous les autres matins de la semaine – qui n'en sont plus vraiment; j'avais déjeuné de deux tartines beurrées et de quelques tasses de café, le temps était beau.

C'était un peu comme ces jours où Alain Bashung vivait encore, au début des années 90, dans la voiture que nous prenions les samedi après midi pour rejoindre la grande ville. Nous ne possédions que trois cassettes qui tournaient aléatoirement dans l'autoradio, il y avait Nevermind de Nirvana, un best of de Renaud et Osez Joséphine, c'était une époque où ces trois chanteurs vivaient encore, une bonne époque alors. Je chantonnais les paroles, à l'arrière de la voiture, enroulant déroulant le livret à l'intérieur de l'étui de chaque cassette, je ne devais pas y comprendre grand chose, aux paroles, mais ça ne m'empêchait pas d'avoir mes préférences. Les bandes étaient toutes rafistolées au scotch, tellement on les avaient usées, ça donnait du charme aux chansons, ça craquait dans les enceintes à l'arrière de la caisse.

Le jour de la mort d'Alain Bashung j'ai découvert la mort d'Alain Bashung en surfant sur le net, et une menace de mise en demeure envoyée par mon banquier en ouvrant ma boite aux lettres. C'était une mauvaise journée.

Posté par Aem_ à 20:42 - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

13 mars 2009

Conflit ménager.

Les ordures de la semaine s'étalent sur tout un pan de mur, dans la petite cour grise, les deux conteneurs sont pleins et c'est comme si tout l'immeuble s'était alors empressé de descendre les déchets stagnants au fond des appartements, pensant les dissimuler au milieu d'autres dans le chaos général. On y trouve des sacs poubelles éventrés mélangé aux cartons vides et autres prospectus jaunit, la petite cours grise à triste mine et ne ressemble plus à rien. C'est lorsque la nuit tombe et que le soleil s'en retourne à son trou qu'ils sortent leurs ordures d'un pas pressé et ferme, descendant les escaliers en bois d'un soin jamais égalé. Comme des voleurs attendant le bon moment pour agir – ils s'emparent de leurs sacs plastiques et viennent les déposer au pied des autres abandonnés, avec la crainte des réprimandes. Et personne ne dit rien puisque tout le monde fait pareil.

Plus d'une semaine que les poubelles stagnent dans la cour et le voisin me dit « on va bientôt avoir des rats! » en désignant le tas d'immondices du doigt, j'acquiesce, des rats oui des rats, comme s'ils n'étaient pas déjà là, ces foutus rats. A tout les étages et depuis des années qu'ils sont là comme ancrés dans le paysage. Le rat qui érige son mauvais goût musical en bande son du quotidien pour tous, le rat alcoolique et sa gonzesse hystérique, le rat adolescent soûlard et gueulard avec ses copines de dix huit ans. Les rats occupent l'immeuble depuis toujours et on ne s'en plaint pas tant que ça – des rats qui grouillent et salopent l'espace commun.

Le matin suivant, les conteneurs poubelles de l'immeuble voisin ont été vidé et légérement décalés sur la droite, séparés des nôtres par un muret de briques posé à la va-vite. Il existe bien un ordre dans le monde auquel on ne déroge pas, une certaine classe à préserver jusque dans la gestion de nos déchets, une inclination à l'hygiénisme forcené, car si on ne trie pas encore nos ordures il faut penser à les séparer – une justice qui persiste dans le sale et s'établit jusque dans la distinction des  poubelles. Il y a une certaine fierté à bien tenir son vide ordure, garder propre ce qui n'a pas vocation à l'être est ici le summum du bon goût.

Dans la cour grise et triste, même en plein soleil, le syndic' a fait vider les poubelles débordantes, séparé les conteneurs des deux immeubles, et collé un feuillet blanc sur l'une des boites aux lettres, nous expliquant dès lors les règles de ce nouveau jeu. Nous devons dès à présent respecter les espaces communs afin que cette dérangeante situation ne se reproduise pas à l'avenir. Nous y penserons, évidemment, à la distinction des crasses et à la propriété privée des boites en plastique, nous en serons heureux lorsqu'au matin la cour sera vide, grise et propre – un ordre bien respecté dans un monde peuplé de rats, à finalement se demander qui est le plus propre et sensé, de l'animal ou de l'homme.

Posté par Aem_ à 14:09 - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

10 mars 2009

seizième massacre : La mère.

Elle n'aimait ni les roux, ni les blonds, ni les yeux bleus, rien d'autre qu'elle, en somme. Elle me disait souvent : si j'avais eu un enfant roux je l'aurai abandonné. J'étais bien contente d'être brune aux yeux bruns, c'était déjà un drame d'évité, et elle y allait vite au drame, il n'existait que deux choses au monde : ce qu'elle aimait et le reste. Elle aimait bien peu de choses en vérité : Jean Ferrat, Michel Polnareff, les Pink Floyd, le soleil, les romans russes, Olivier – le gendre idéal – Sitruk, et elle même.

De ses six frères et soeurs, deux étaient roux, deux étaient blondes. Elle a enfanté avec la crainte de faire un marmot pareil à ces gens là, ce genre d'incident saute parfois une génération, la génétique on y comprend rien mais on s'en méfie, jamais elle ne se serait pardonnée une telle infâmie. Ça m'insupporte qu'elle aurait dit, elle disait toujours ça, tout l'insupportait. Elle aimait les enfants entre 0 et 6 ans, ensuite ils parlaient, ils vivaient, ils exprimaient des désirs qui n'étaient plus les siens, ça ne l'intéressait pas.

Une drôle de femme, la femme d'un seul homme qu'elle n'a pas même dédaigner aimé, aussi résignée puisse t'elle être, la fatalité n'existait pas, tout changera un jour pensait elle avec espoir. Il y aura d'autres hommes supérieurs au présent, dignes de son coeur. Par sa haute stature elle dépassait toutes les autres femmes et ne regardait que les hommes capable de soutenir son regard, dans les yeux, à la recherche d'une équité dans l'ampleur. Lors d'un bal de village elle rencontra celui qui lui colla trois mômes, une maison avec piscine, un appartement dans une ville de l'Est de la France, un camping-car dans le jardin, un mobil-home sur la côté d'azur, une décapotable rouge, une terrasse au soleil et des romans russes. Elle ne manquait jamais de conduire la décapotable rouge pour se rendre au travail, sur le parking de l'usine, à Thiefosse, elle faisait enrager ses collègues de bureau qu'elle n'aimait pas, pas du même monde qu'elles étaient, c'était une femme différente, les autres ? des ratés ! Des ploucs ! Aucun goût qu'ils avaient les autres, ou alors un goût différent du sien, on ne sait pas très bien.

J'étais naturellement la plus jolie des petites filles, la plus jolie de ses deux gamines, aussi, c'est ce qu'elle m'a dit l'hiver dernier, comme une confession chère à son coeur « Ah Carole était belle, mais toi tu l'es encore plus! ». Enfant, j'avais hérité « des plus beaux yeux de la famille », des yeux marrons, mais plus-marrons-encore  que ceux des autres. J'étais mieux. Les autres étaient bien, mais moi j'étais mieux. Quand je rentrais de l'école, elle demandait si la maîtresse m'avait complimenté sur mes vêtements du jour; la maîtresse m'avait surtout punie parce que je n'avais pas fait mes devoirs, mais j'étais toujours bien mise, on ne transigeait pas avec le style à cette époque, c'est qu'il ne fallait surtout pas ressembler à quelqu'un d'autre, il fallait être au dessus, dépasser sa condition et paraître, parader, en jolis habits, se la donner, tiens toi droite Ophélie on dirait que tu portes le poids du monde sur tes épaules ! Redresse toi, te voir comme ça, ça m'insupporte !

On m'a envoyé chez les pédopsy pour me redresser la tête, on m'a envoyé chez l'orthophoniste pour me redresser la langue, on m'a envoyé à l'hôpital un mercredi par mois jusqu'à mes douze ans, pour me redresser le corps. Ça ne marchait plus, j'ai castré la femme castratrice, je lui ai brisé ses couilles imaginaires, à ma mère. C'est à un moment que je ne situe plus très bien, dans l'aube de l'adolescence, que tout cela s'est passé. Je venais de vivre et d'ingérer les prémices du désastre. La petite fille irrésistible a laquelle papa ne résiste pas, lui aussi avait les couilles broyées et c'est avec moi qu'il se rachetait une virilité. Les années paient, le temps rachète l'horreur et l'hypothèque. Ça se distille dans l'air, comme un vent menaçant dont on aurait déjà mesuré l'ampleur. Si tu me forces à avorter, je divorce, disait elle à mon père qui ne voulait pas d'un troisième enfant. Elle faisait son caprice, allant jusqu'à invoquer belle – maman, dans le salon de la grande maison qui n'avait pas encore de piscine, cette dernière décréta « tu l'a engrossé, tu assumes, on avorte pas lorsqu'on est marié ». Les moeurs m'ont sauvées, j'en suis infiniment redevable, à la morale et aux bonnes moeurs.

Bien avant de naître, j'étais un outil de chantage, un prétexte aux congés maternité et au temps de travail amoindri, elle est rapidement passée au mi-temps, pour s'occuper de moi en perpétuant sa tradition des menaces. Si je n'étais pas comme elle le souhaitait, elle m'aimerait moins. Ce n'est pas une idée d'enfant, mais une réalité crue. Elle me montrait parfois d'autres petites filles en me faisant remarquer à quel point elles étaient mieux que moi, d'une supériorité écrasante dans son estime. La jalousie pointait son nez en latence, je piquais des colères monstres et on me collait des beignes, j'avais pas idée d'être aussi capricieuse, tout mon corps hurlait : regarde moi !

J'ai fais un drôle d'Oedipe, à vrai dire, j'avais deux pères à satisfaire, l'un que j'ai complètement désavoué, l'autre auquel j'ai voulu plaire sans y parvenir, un ogre jamais rassasié des efforts que je pouvais faire. J'ai renoncé, pour la première fois, à me redresser, comprenant que c'est en gardant le dos courbé et en me défaisant de toutes les attentes et les plaisirs placés en moi, que je gagnerai. Il me fallait simuler la défaite, encaisser les sourires narquois et le mépris, pour savourer en secret ma grande victoire.

Dans le miroir parfois, je me surprend à scruter nos ressemblances, et il est évident que ma personnalité est un ersatz de ses valeurs, tu es bien la fille de ta mère, me disait elle, l'hiver dernier, en fumant sa cigarette mentholée. Elle m'a appris l'exigence, le goût de la différence, elle a modelé mon image sur un piedéstal, m'a couverte de mépris et de honte, m'a fait détester le monde. Dans le miroir parfois, je ressemble à ma mère et retrouve son regard noir dans le mien.

L'idée m'afflige autant que ses possibles conséquences, mais le pire est évité car, heureusement, ma mère ne m'aime pas. Elle ne sera jamais fière de moi, mais ma victoire se situe dans tout ce qu'elle ne m'a pas apporté, la réussite dans l'en dehors, le refus de la haine et du mépris, j'ai repoussé la souffrance et ce goût de mort qui rôde autour de l'enfance.
Heureusement, je sais que je ne lui ressemble pas. Ma mère n'aime qu'elle ou son imitation, heureusement, ma mère ne m'aime pas en tant qu'enfant, comme produit de son éducation. C'est aujourd'hui qu'on se découvre en tant que femmes, qu'on s'apprécie en demi mots, au détour d'une phrase explicitant un sentiment, dans le rouge d'un verre que je finis pour elle, un bâton de khôl noir que je lui partage – nous avons les même yeux.
C'était une mère méprisable et c'est une drôle de femme, presque admirable.

Posté par Aem_ à 14:56 - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

02 mars 2009

Page 35.

Au creux d'un chapitre j'ai trouvé ce portrait, une drôle de rencontre à vrai dire, dans un ouvrage situationniste on ne s'attend pas à de pareilles surprises. Page 35, sur une petite feuille de papier blanc arrachée grossièrement, un long cou et des cheveux rangés sur le côté gauche. Une jeune fille au bic noir, sans yeux ni bouche auxquels se raccrocher, une jeune fille anonyme marquant un temps, celui de la page 35 dont la lecture n'a pas été bien longue. Le marque page d'un livre chiant – un livre situationniste; voilà le souvenir laissé là, entre deux ennuis, amour, je pense à toi et griffonne sur un bout de papier quelque chose qui te ressemble. Un visage qui pourrait être tien, sans tes yeux, sans ta bouche, sans ton nez, sans tes sens. Un visage en forme de miroir pour toutes les filles parcourant l'ouvrage, toutes les filles aux cheveux bien rangés, passant par la page 35 avant de s'égarer dans le creux d'autres bras.

J'avais trouvé le bouquin après une énième errance au bord des quais, c'était un jour en semaine et le professeur avait achevé sa leçon un peu plus tôt qu'à l'habitude. Alors je flânais, en quête d'aventure, de celles qui ne viennent jamais tant qu'on ne les provoque pas. J'ai pris ce livre pour sa couverture jaunie, me disant qu'il y aurait peut être des histoires capables de traverser les siècles là dedans. Mais c'est un portrait que j'y ai trouvé, au fascinant vide expressif, coincé entre les pages 34 et 35, un dessin m'épargnant de la lecture qui suit – l'esquisse effaçant les mots, un espace de réflexion.

La stéréo crachait son message personnel, un mode aléatoire bien trop approprié, j'ai froissé le papier et l'ai jeté. Je n'aime ni les fantômes, ni les hasards – ils sont toujours malheureux.

Posté par Aem_ à 11:51 - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1