Quand mon 6'35 me fait les yeux doux...

(dépression au-dessus du jardin)

26 février 2009

Scène de la vie quotidienne.

En sortant du cinéma (bis) j'ai flâné au Monoprix, flâner n'est peut être pas le terme qui convient puisque j'avais envie de pisser, j'étais donc plutôt dans le style pressé, la biologie, la biologie, on y peut rien et ça emmerde beaucoup. Je le connais comme ma poche le Monop', j'y passe beaucoup de temps, à deviner la vie des clients suivants en regardant leurs courses avancer mécaniquement sur le tapis roulant, un petit plaisir, une petite obsession, la vie que mènent les autres gens. Je me demande si elle est comparable à la mienne, si on se rejoint quelque part, entre le paquet de jambon quatre tranches + une gratuite et le beurre demi-sel, on pourrait en parler, on devrait même en discuter, du choix de la lessive, et tailler le bout de gras en attendant que la vieille de devant finissent d'empaqueter sa bouteille de piquette et ses gâteaux secs pour l'après repas.

Moi, bien avant ça, je tenais mes positions au rayon surgelé, c'est que tout le monde essaie de se coller aux vitres pour bien voir ce qu'il y a dedans, et ça joue du coude pendant des plombes afin d'oser ouvrir la porte et de peut être saisir le sacro saint surgelé si une main moins frileuse n'a pas le courage de le faire avant. C'est une guerre le Monoprix, on y fait la révolution et il y a même des barricades de fruits et légumes, alors moi pour faire chier je reste devant les vitrines à attendre. Pas trop longtemps évidemment – j'avais envie de pisser; j'ai choisi une barquette de hachis parmentier micro-ondable  Maggie, 4€50, deux fois meilleur que c'était écrit sur la boite : C'était une belle arnaque.

Au bout du rayon j'ai senti une présence, le poids d'un regard, je me suis demandée si mon rimmel n'avait pas coulé – j'avais profité du noir de la salle de cinéma pour un peu pleurer. Un regard, et puis le frôlement d'un bras, j'ai continué mon chemin jusqu'à ce qu'un corps fit face au mien. Celui d'une jeune femme pas très jolie aux cheveux ressemblant à la perruque de Melody Nelson, d'un roux bizarre, une jeune femme toute petite qui s'apprêtait à me dire « excuse moi mais ... tu es Juliette de l'association ? » elle portait un jean un peu moulant et un pull over rose pâle de mauvais goût. Jane Birkin n'est jamais aussi belle que lorsqu'elle ressemble à un garçon, suintant tout de même la féminité et la sensualité par tout les pores de sa peau, alors la jeune fille tristement fille m'a prise au dépourvu, « Non. Non je ne suis pas Juliette de l'association ». J'aurai très bien pu dire que j'étais Ophélie, d'aucune association, celle qui s'apprête à chroniquer le dernier Eastwood et qui écrit deux premiers romans, parce qu'un seul, c'est trop banal.

Mais j'ai préféré taire ce que je suis au profit de tout ce que je ne suis pas, une Juliette membre de je ne sais quelle association fumeuse. A la caisse du Monoprix je n'ai même pas regardé le contenu des paniers étalés devant moi, j'étais préoccupée.
Qui est cette Juliette qui doit me ressembler ?

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17 février 2009

L'Autre.

En sortant du cinéma je me suis fait surprendre par la lumière, je pensais qu'a presque dix huit heure, il ferait déjà nuit. La nuit comme celle qui enveloppait le balais de voitures longeant le périphérique au commencement du film et à sa fin. La nuit comme en hiver qui teinte les vingt quatre heures jusqu'à les faire paraître plus courtes.

Dans la salle à côté de moi se trouvait une femme qui respirait trop fort et un homme sentant l'isolement de son âge, la petitesse du lieu nous obligeait à être assis les uns collés aux autres, et à lever la tête pour regarder l'écran placé trop haut. J'en suis sortie mal à l'aise, de la séance de cinéma, j'ai pensé aux fuites, à ceux qui s'échappent dans le quotidien, qui s'oublient dans le travail, qui se fondent dans les autres, qui s'engouffrent dans leur folie, aux belles histoires dont on s'enivre pour oublier les médiocres romances, à la réalité que l'on éloigne dans un flot d'habitudes comme pour la rendre plus intime et supportable.

Je marchais lentement, la ville me paraissant silencieuse, je pensais à la vie tragique de la Princesse de Clèves que j'ai fini de lire au milieu de la nuit, je pensais au tragique qu'implique la vie et dont je ne veux me défaire. Mes errances m'ont mené jusqu'à la porte de mon appartement, j'étais si imprégnée du coeur des autres que je n'ai pas écouté le mien.

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16 février 2009

Les grandes afflictions et les passions violentes font de grands changements dans l'esprit.

"Si vous jugez sur les apparences en ce lieu-ci, répondit Mme de Chartres, vous serez  souvent trompée : ce qui paraît n'est presque jamais la vérité."

La princesse de Clèves et sa cour de france me tiennent compagnie pendant mes insomnies, la richesse des détails occupe l'esprit comme la danse peut faire tournoyer les murs d'un palais froid - ça met des couleurs là où il n'y en a pas.

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13 février 2009

Quand je serai grande, je serai Lino Ventura avec un flingue.

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Si j'étais Lino Ventura avec un flingue ... je pourrais toujours fumer dans les troquets, et le premier qui viendrait me prendre la tête se prendrait une bastos dans le ventre, c'est moi qui te fumerai. Pour le style je sacrifierais tout, je me permettrais tout au nom de l'esthétique, mon arme est ma morale. Je porterais des costumes bien coupés auxquels les actrices s'accrocheraient, en haut talons et bouche carmin elles embrasseraient mes nuits, de belles femmes comme des musées muets qui tout en soupirs racontent leurs secrets entre deux de mes bobards. Si j'étais Lino Ventura – avec un flingue, je monterais à l'étage au dessus du mien et je tirerais dans la tête de celui qui marche sur la mienne tout au long de la journée – tout au long de la nuit aussi. Je ferais peur aux encéphales plats des jeunes branchés en veste de cuir, ceux qui salissent mes rues et qui véhiculent leur vide corporate, je les passerais à tabac ceux là pour bien leur faire comprendre que mon arme et moi on est plus libres que ça, qu'on est pas corporate elle et moi. Je serais Max le menteur ou bien Fernand Naudin – on ne sait plus très bien, mais on s'en fout, j'aurais un flingue. Je serais ivre dans ma cuisine à la gnôle que je boirais pour digérer une vie qui me reste sur l'estomac, je sortirais les cadavres des placards et les jetterais par la fenêtre. Je m'amuserais bien, elle aurait de la gueule ma vie, si j'étais Lino Ventura avec un flingue j'aurais plus de courage ou j'en aurais l'illusion, j'écraserai les ripoux ou les justiciers – qu'importe, mon arme est ma morale, il y a celui qui tire et celui qui se fait tirer, en somme, il n'y a qu'un seul côté. Le blog de mes seize ans disait « quand je serai grande, j'inonderais le monde de sang » et le blog de mes vingt ans n'est pas si différent « quand je serai grande, je serai Lino Ventura avec un flingue », j'aurais l'assassinat au bout des doigts, la poudre des possibilités. Ça me donnerai une direction de tenir l'arme droit devant moi, ça ouvrirai un chemin impraticable, une route rouge sang, ça aurait de la gueule, si j'étais Lino Ventura.

(Pourtant un jour d'octobre le lutteur tombe et ne se relève pas – quelle connerie, j'étais même pas née à cette époque là; comme quoi le flingue ne fait pas tout, l'acteur né à Parme meurt à Saint Cloud.)

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07 février 2009

Coup d'un soir.

Il était approximativement 20h28 lorsqu'il lança la balle – un soir ordinaire de Super Bowl. Mélanie et Thomas se pardonnaient tout en se serrant dans leurs bras, quelques instants plus tôt Roland traversait de nouveau la petite place du Mistral après cinq longues semaines de captivité au fond d'une cave. De vieux amants se déchiraient dans un Aéroport, les cendres de leurs mortes passions volant tout autour d'eux dans un drôle de spectacle. C'est dans la félicité des retrouvailles – le souvenir de la chaire tendre et tiède; que Mirta avouait toutes ses craintes à son aimé, lui qui la rassurait d'un doux baiser.
« Je ne me suis pas mêlé de leur histoire » disait Roland, « j'ai laissé Thomas faire ses propres choix, c'est comme ça qu'on apprend et qu'on devient un homme. » Ce sont ces dernières paroles prononcées peu avant le générique de fin qui sonnèrent le glas.

L'arme à la tempe il tira son dernier coup – il y eu du plomb dans la tête de cet homme là. Pendant la finale du Super Bowl qu'il ne regardait pas, lorsque d'autres bâfraient leurs sandwichs de mi temps, il tirait son coup. Un soir de Février il fit son propre choix, c'est comme ça qu'on apprend et qu'on devient un homme – mort.

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01 février 2009

parenthèse.

Février 1954, Gilbert Bécaud donne un concert à l'Olympia, un concert mythique à vrai dire, la salle tremble et s'emporte pendant le show, il leur en met plein les yeux, tellement que ce soir là, les spectateurs quitteront leurs sièges et arracheront les fauteuils de la salle. Sans dessus dessous, l'Olympia. Gilbert Bécaud était punk vingt trois ans avant tout le monde.

J'y ai pensé cette semaine – je l'ai passée à geindre au fond de mon pieu, grippée j'étais. La seule chose qui me donnait un peu de vie, c'était Gilbert Bécaud que j'écoutais au casque dans mon lit. J'ai vu défiler les heures sur le cadran du réveil rétro-éclairé, c'était pas marrant, j'ai pensé à tout un tas de trucs et fais de drôles de rêves. Un peu comme si je m'étais droguée, avec le nez rouge en prime et un parterre de PQ couleur et sentence abricot – il paraît, moi j'ai rien senti. Les réveils se faisant dans les séquelles du sommeil, j'me suis demandée comment Michael Jackson fait pour se moucher quand il est enrhumé, s'il y perd aussi des morceaux de nez ?
Moi j'ai perdu au moins quatre kilos cette semaine là, c'était pas marrant, et le dernier Dantec est aussi abscons que mes nuits - je n'ai pas tout compris.

Posté par Aem_ à 20:37 - Commentaires [10] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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