Quand mon 6'35 me fait les yeux doux...

(dépression au-dessus du jardin)

29 novembre 2008

Un drapeau noir en berne sur l'histoire.

L'autre jour à la boulangerie, les deux filles devant moi bavassaient à propos de leur futur carrière. La plus petite des deux semblait réticente à l'idée de quitter les bancs de son école de communication tandis que sa copine s'extasiait sur l'infini des possibles qui allaient s'ouvrir à elle prochainement. « Tu comprends, on sera enfin libre ! On gagnera notre propre salaire, on aura notre appart, on pourra dépenser nos thunes comme on l'entend et en plus, en bossant, on sera vraiment adulte, on aura un statut ! » qu'elle disait, la fille enthousiaste aux cheveux blonds.

Je me suis sentie tricard sur le coup, pas vraiment en phase avec cette vision de la liberté qui m'a effrayée. Moi qui peine à la mesurer par le prisme du travail et des responsabilités futures. Probablement parce que je n'ai pas été élevée dans l'héritage du fardeau féministe qui pousse à croire que le travail et l'indépendance financière sont autant de gages de liberté pour une femme. Certainement aussi parce que je ne suis pas quelqu'un de pragmatique et que l'idée de trimer par nécessité et non par passion me fait associer le mot travail à aliénation.

L'été dernier j'avais eu une longue discussion avec mon père à ce sujet, qui s'y est mis lui aussi, à vouloir sauver la condition des femmes par le biais de la réussite professionnelle, et qui me demandait comme ça l'air de rien, si je me sentais pas dominée par mon mec parce qu'il bosse et moi pas. J'ai dis que je me sentirai dominée quand je travaillerai comme caissière au supermarché du coin, mais qu'autrement pas tellement. Il trouvait ça dingue, mon père, il m'a dit, faut gagner ta croûte, tu vas pas toujours rester dans cette condition, tu sais pas de quoi est faite la vie! J'étais bien d'accord avec lui, mais de là a dire que ma condition allait s'élever y avait une marge, mais ça me fait toujours marrer, qu'on me parle en tant que femme j'veux dire, surtout quand c'est un homme qui le fait, j'ai l'impression qu'il me dit : coupe moi la bite.
Je ne sais pas s'ils s'en aperçoivent.

Les deux filles de la boulangerie ont payé leurs croissants aux amandes et sont parties en rigolant, moi j'ai pris une baguette, elle était tiède et m'a réchauffé les mains. J'en ai mangé un bout et suis rentrée chez moi, il commençait à faire nuit.

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26 novembre 2008

Tout ces jours sans toi.

Ton nom résonne à mes oreilles et c'est à quelqu'un d'autre auquel je pense, il fait beau et c'est une chaude journée d'été qui se prépare, je détache les syllabes et crie mais ce n'est pas toi qui te retourne et me fait face. J'embrasse ses joues froides et demande des nouvelles, il est bientôt onze heure et la fraîcheur du matin se dissipe peu à peu. C'est toi que je nomme et pourtant tu n'es plus là, d'un même prénom naît d'autres souvenirs et ton visage disparaît sous de nouveaux traits. Lorsque je prononce – ce nom qui n'était pas bien original, j'oublie qu'il t'appartient aussi, et en parlant à celle qui le porte aujourd'hui, je ne pense plus à toi.

Depuis ce vol d'identité, mes cheveux ont foncé, et dans la fournaise de cet été j'aimerai savoir depuis combien de temps ma mémoire t'as sacrifiée. Si aujourd'hui encore, lorsque, par hasard, tu croises une fille qui s'appelle comme moi, tu écoutes sa vie à travers nos souvenirs.

Je t'ai remplacée et ça me semble inéluctable, d'autres feront de même avec moi, ça fera de drôles d'histoires, ou pire – ça n'en fera pas. J'ai l'indécence d'espérer que lorsque tu vois dans un film qu'un personnage s'appelle comme moi, tu le regardes avec compassion. En attendant le cinéma, il y a Rimbaud et Hamlet, mais ça ne suffit pas – c'est pour cela que j'écris, pour qu'on ne m'oublie pas.

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17 novembre 2008

Je hais les dimanche, et les autres jours aussi.

la_mort_aux_trousses

C'est lundi, et comme tout les lundi matin – comme tout les matins surtout, je suis de mauvaise humeur. J'ai rêvé de Raymond Bar cette nuit. C'est lundi et je me suis réveillée tard, ai filé à l'épicerie du coin pour acheter du café avec des résidus de crayon khôl sous les yeux. C'est lundi et Thunderbird est toujours en rade, mes mails coincés sur un serveur qui ne me permet pas de zieuter la dernière Encyclique Vaquetienne en date,  ça m'énerve. C'est lundi, les nouveaux gérants du Petit Casino semblent encore plus amorphes que les précédents, c'est un couple qui gère ça, ceux d'avant étaient en bout de course, fatigués, et je me demande ce qui pousse deux personnes qui s'aiment à se dire « Hey chéri si on devenait gérants d'un Petit Casino ? », c'est le premier pas vers le suicide je crois. Y a trois choses que je ne ferai jamais dans ma vie : Gérer un Petit Casino, bosser chez Mcdo et être caissière au Monop' de Toulouse, à cause de ce boss homosexuel et obèse au regard sombre et aux cheveux ondulés, colorés en noir – je l'insulte mentalement dès que je le croise, c'est ma révolte personnelle. Il a l'air vicelard, typiquement méprisant d'auto suffisance comme s'il avait de quoi être fier de son minable pouvoir – diriger la vingtaine de caissières d'un Monoprix, merde! Mais il a l'air très investi de sa mission, c'est particulièrement déroutant de voir autant de conviction dans la marche d'un seul homme.

Je crois que moins les gens ont d'importance, plus ils se branlent l'ego avec – ce n'est pas grand chose, mais il faut croire qu'une montagne de mouchoirs sales, c'est une montagne tout de même. Ça va sans doute de pair avec la logique du « c'est mieux que rien », je déteste cette façon de penser, c'est mieux que rien, ça pourrait être pire, j'ai rien à perdre, c'est le niveau zéro de la volonté, ça légitime le médiocre, ou pire – ça donne une raison d'être aux pires vacuités.

Je disais donc, c'est lundi, je suis sortie acheter du café à l'épicerie au coin de la rue, et je crois que j'en ai bu un peu de trop, je suis légèrement énervée. Pire que le verre de trop qu'il faut savoir refuser en soirée, il y a la dernière tasse de café à laquelle je devrai renoncer.

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16 novembre 2008

On se sent parfois un peu seul...

"Tous les jours de la semaine,
Sont vides et sonnent le creux,
Mais y a pire que la semaine,
Y a le dimanche prétentieux,
Qui veut paraître rose,
Et jouer les généreux,
Le dimanche qui s'impose,
Comme un jour bienheureux.

Je hais les dimanches!"


!

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13 novembre 2008

Je veux réveiller le punk qui est en moi.

CPAM, CMU, SECU, ANPE, ASSEDIC, BNP, RIB et CV, sont mes nouveaux compagnons de déroute. Il y a les salles d'attentes impersonnelles, les dossiers incomplets, les magazines froissés sur les tables basses, l'air sec et froid au dehors, les larmes qui se cristallisent au bord des yeux et le sentiment d'échec écrasant au détour d'une rue, lorsque je m'engouffre dans la nuit après deux heures passées sous les néons – jaunes, de salles – grises, aux plantes – vertes, sur peuplées. Il y a le Monoprix et les visages livides des caissières auxquelles j'ai peur de ressembler, les biftons que j'aligne pour du PQ et du café, le retour chez moi anesthésiée et le soupir des Autres, tout aussi fatigués.

Il y a aussi l'humiliation sociale et ce sentiment bâtard de ne plus appartenir a aucune catégorie acceptable, de ne plus simplement se sentir en dehors du coup, mais de l'être pour de bon, et d'avoir choisi mon calvaire à l'aveugle, sans savoir quel était le prix à payer. J'ai l'impression de prendre cher pour avoir refusé de saisir une opportunité de réussite dans un système éducatif qui ne m'offrait pas d'avenir, je prends cher parce que j'ai beau savoir ce que je refuse, je ne sais toujours pas ce que je veux et à quoi je me destine. Alors, je ploie sous le quotidien et son rythme éreintant, la valse des habitudes et des angoisses dont je peine à sortir, mes pompes prennent l'eau dans cet automne décidement trop noir. J'écoute les Svinkels, en boucle – tout le temps, pour trouver un semblant de courage, et je poursuis mes lectures à la recherche d'une issue, je sais qu'il en existe une et que malgré toutes mes errances ma vie se résumera a autre chose qu'un CV vide, que mon intelligence existe probablement en dehors des études que je ne fais pas – du moins je l'espère.

J'écoute les Svinkels, et je ne suis pas tout à fait d'accord, je représenterai autre chose que ceux qui utilisent leur cervelle à la détruire. Je le ressens dans l'air ambiant, cet échec, et je le refuse – ce n'est pas là où je veux aller.

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09 novembre 2008

La peur au fond des yeux.

Dans ses yeux bleus je compte les naufrages, et les noyades de ses assassins. Sur son navire les récifs tanguent – et moi avec – le monde à ses pieds et la nature qui s'y joint. J'ai la nausée au dessus du pont, de ses yeux bleus à moitié vides coulés dans un verre d'alcool à moitié plein. Sur le rivage, ni mains ni visages pour saluer son voyage, dans le port pas d'autres yeux, que les siens, qui se reflètent dans le miroir de fond de cale. Pas de discours, pas de dialogue, pas de langage donc pas d'idées. Seule, sur le bateau – mouillé, de ses larmes salées, je crois voir un sourire, mais c'est une grimace. Une ombre passe,
pas son souvenir.

***

Ce soir, j'ai fais tout mon possible pour occuper l'espace libre, ainsi j'ai dessiné, écris, lu et revu un film médiocre (mais ce qui ne parle ni de toi, ni de moi, ne m'intéresse pas). J'ai fais de l'occupationnel pour ne pas remarquer le vide à ta place, quand tu es là je n'ai besoin de rien (d'autre que de Toi). Alors, le temps – mort, et – froid, je suis là, je t'attends – fatiguée.

(La télévision du voisin est toujours allumée, je crois qu'il veille aussi, à l'étage au dessus, mais pas sur moi.)

Posté par Aem_ à 02:18 - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

07 novembre 2008

Voyage au bout de l'amer.

bord_de_mer_deux

Sur la plage pas de pavés, des enfants jouant à s'enterrer, des pères pendus au sans fil de leurs portables, des chiens mouillés et des châteaux forts dévastés. Sur la plage, il n'y a que le sable qui engloutit les ruines du vieux monde et les camions remorques qui en rapportent, du sable, pour agrandir la plage – et ensevelir les restes. Comme si elle n'était pas assez vaste pour recueillir tout les péquenots en vacances, comme si le bord de mer n'était pas assez moche avec ses immeubles fin 70 en crépis gris. Sur la plage pas de pavés, ou alors dans ma gueule. Sur la plage c'est deux hommes et une armoire qui sortent de l'eau en titubant, ça devrait être mais ça n'est pas, je suis encore arrivée trop tard, j'ai manqué l'histoire. Le vent souffle dans les pins et je m'assois sur un banc en bois, je repense à ce que j'écrivais en 2005, sur les pavés les cadavres et par hasard, je suis sur le sable, encore vivante.

« Chatterton, suicidé
Hannibal, suicidé
Démosthène, suicidé
Nieztsche, fou à lier
Quand à moi, quand à moi ?
Ça ne va plus très bien. »

Posté par Aem_ à 12:38 - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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