26 octobre 2008
Du courage à la lâcheté, il n'y a qu'un trépas.
J'ai le coeur lourd,
plein de ses mots assassins. Les attaques ricochent sur mon coeur en
béton armé mais laissent leurs traces –
impactes intactes – à la surface du bunker. Je n'ai pas
vraiment mal, mais subsiste la peur d'une prochaine offensive, et
l'ombre accompagnant d'autres démons à museler. Je n'ai
pas vraiment mal, mais mes mains tremblent encore un peu.
C'est qu'il m'en faudrait
des armes pour t'affronter, mais l'amour m'a appris ce que la vie
fait mentir, on n'assassine pas ses amis. Je me tiens bien dans les
secousses en attendant qu'elles passent, essayant désespérèrent
de croire que tout finira par s'arranger. En dernière ligne,
là où ça ne canarde pas trop, je panse mes
plaies, je pense à toi – tout finira par s'arranger.
La peur appelle l'horreur et mon imagination en déborde, ma confiance s'évapore a la même vitesse que la fumée des canons, il fait un peu froid en ligne arrière et le temps s'y éternise. Je ne sais pas si tu connais cette histoire de poignards, je ne l'ai jamais comprise, un couteau dans le coeur tue et celui dans le dos blesse. J'ai un peu froid et je ne comprends pas.
***
Mon entrée dans la résistance s'est fait un après midi ensoleillé dans un cimetière sur les hauteurs de Toulouse. Entre deux rangées de tombes que je photographiais pour mes archives personnelles, une camarade a naïvement lâché quelques mots qui ont fait l'effet d'une bombe, ça résonnait de partout autour et surtout à l'intérieur de ma caboche. On a quitté le cimetière et je n'ai cessé d'y penser, l'écho des éclats se faisait oppressant, j'ai décidé de trouver la raison qui pousse tant d'hommes au combat et celle qui fait que certains n'en reviennent pas.
J'ai choisi l'impossible.
J'ai pensé aux soiffards, avides de revanche et prenant goût au sang séché, j'ai pensé au pouvoir que recherchent les hommes et aux pulsions de mort et de destruction. J'ai trouvé des raisons, j'ai monté des hypothèses, car si la guerre est immorale elle se préserve de tout absurde. C'était une belle journée ensoleillée, je portais un t.shirt vert absinthe et je suis entrée en résistance - comme tout le monde, la peur aux trousses et le goût de mort sur le palais. Il y a la posture esthétique et la réalité biologique – je me chiais dessus. Mes idéaux en bagage à faire triompher, et la nécessité de prouver qu'il existe une issue autre que le mensonge en parade de société. Autre chose que cette dictature confortable derrière laquelle on ose pas trop causer.
Je crois que mon combat est juste.
Je tiens mes positions, moins par envie que par nécessité. Il est question d'instinct de survie – on ne peut pas courber l'échine éternellement , alors je tiens le coup, en encaisse et en renvoie. J'ai bien des cas de conscience depuis ce jour, et l'impression que cette guerre s'enlise dans une totale vacuité. Je me demande si on peut réellement gagner, je crois que je perds mon temps à essayer de ne pas échouer. Mes camarades pensent qu'il s'agit d'une guerre froide, je crois qu'ils n'ont pas tord mais je refuse de les écouter, il reste des terrains minés devant lesquels je ne peux renoncer. Je ne sais plus pourquoi j'avance - par orgueil et probable lâcheté. Il faut aller au casse-pipe alors docilement, j'y vais.
Je suis Française, je ne parlerai pas.
Je m'obstine, même ivre et morte, je tiens bien à dire au monde entier que moi, Madame, j'y arriverai. Surtout ivre et presque morte, j'ai plus que jamais le goût du travail bien fait, en temps de guerre comme n'importe quand, la fin ne justifie pas les moyens. Je veux une victoire noble et méritée – un aveu sincère. Je renonce à toute idée de mesquinerie ou de tricherie, je résiste et attends, sans rien dire, je fais semblant de bien vivre la situation. Il n'y a plus ni courage ni lâcheté, mais du temps dissolu à s'enterrer dans sa tranchée, l'ennui couve toutes les batailles et je me surprends à prier – il faut que ça cesse.
Voyage au bout de l'amer.
On m'a proposé quelques jours à l'arrière, pour me requinquer. L'air pur d'une station balnéaire aux portes de l'hiver et le bleu de la mer. J'ai accepté, m'intimant de prendre ce repos comme une occasion de réfléchir à autre chose qu'a ces postes statiques et inoccupés. Je voyagerai, donc. Un carnet dans mon sac, un appareil photo dans les mains, je retracerai le cheminement de ma pensée. A l'arrière, sur le sable froid, je sais que je penserai encore à toi.
16 octobre 2008
Du quotidien ordinaire.
Mon paquet de cigarettes était vide, j'ai décidé d'aller en acheter un autre et ai enfilé une paire de ballerines sur lesquelles sont dessinés des crânes portant une rose entre leurs dents. J'ai mis cette paire de chaussures car elle me permet de garder mes chaussettes à l'intérieur – je n'avais pas envie de mettre mes pieds à nu. J'ai dis à mon compagnon « je sors », il m'a répondu « tu sors ? », j'ai dis « oui. ». Je suis sortie, le sol était mouillé, il avait manifestement plu peu de temps auparavant, c'est ce que je me suis dis en descendant les escaliers – deux étages. Arrivée au sol j'ai constaté que des gouttes d'eau trempaient ma peau, manifestement il pleut encore, et il fait aussi un peu froid. A l'entrée du couloir j'ai vu que le revers de mon blue jean c'était fait la malle, les épingles à nourrices que j'avais accrochées il y a quelques semaines n'étaient plus sur le pied droit. C'est pas de chance que je me suis dis, le sol est trempé et mon pantalon traîne par terre, il va probablement ramasser toute la misère humaine qui jonche le sol, des bouts de mégots humides, des crachats et de la pisse de chien – parfois d'hommes, car l'humain aime se comporter comme un animal à certaines occasions sans que je comprenne bien pourquoi. J'ai alors attrapé le tissu de mon pantalon aux hanches et je l'ai remonté pour parcourir la dizaine de mètres qui me sépare du bureau de tabac. La vendeuse m'a sourit, elle m'apprécie et c'est un sentiment réciproque, je lui ai demandé un paquet de Lucky Strike (je fume cette marque depuis mes quatorze ans) et une boite de Lapaze (ce sont des cigares que mon compagnon fume depuis quelques années). La vendeuse m'a dit « comme d'habitude », en souriant, et j'ai pensé à ce qu'il m'a dit hier, qu'il y a quinze ans, il n'aimait pas le café et ne buvait que du thé. Cette révélation m'avait de prime abord, choquée. Puis j'ai peu à peu réalisé qu'il n'avait pas toujours été le même homme et que ces versions antérieures de lui même m'étaient tout a fait étrangères. Cela m'a rassuré, j'ai compris qu'il n'était plus l'homme que d'autres s'étaient partagées avant moi et que cet homme là ne m'intéressait pas tant que ça. Sur cette idée j'ai quitté le bureau de tabac et pressé mon badge électroniques contre le détecteur, la porte s'est ouverte dans un bruit mécanique. J'ai ouvert la boite aux lettres et constaté qu'elle était vide, cela m'a rassuré, je n'aime pas recevoir de courrier, les lettres me font peur, encore plus quand elles sont envoyées par EDF, BNP PARIBAS, CANAL PLUS, RÉPUBLIQUE FRANÇAISE ou TELERAMA – je n'aime pas trop ces gens là. En remontant les escaliers, j'ai remarqué qu'une barrette à cheveux, un mégot et un crachat jonchaient les différentes marches de bois. J'ai trouvé cela bien étrange et me suis demandé s'ils appartenaient à la même personne – de toute évidence une femme aux cheveux attachés, terminant une cigarette et crachant de la salive gorgée de nicotine et de goudron; ou à plusieurs personnes différentes sur lesquels il est impossible d'émettre des hypothèses viables. J'ai ouvert la porte de mon appartement – deuxième étage, et dis « Je suis rentrée », « tu es rentrée » m'a t'il répondu. J'ai dis « oui ».
09 octobre 2008
Donne moi des armes.
Il me manque un quotidien, un socle sur lequel m'appuyer – autour duquel je pourrai me broder une vie. Je m'imagine d'autres journées, entendre le réveil sonner bien trop tôt et accomplir quelques gestes aussi mécaniques que nécessaires : Aller pisser, boire une tasse de café sur le sofa devant LCI, prendre une douche douloureuse sur un corps endormi, enfiler des vêtements à la hâte et mal me maquiller. Cette impression de maîtriser mon temps et de profiter d'une heure que d'autres ne verront pas passer, je penserai à ses couples lovés l'un contre l'autre avant que le jour ne vienne les séparer. J'aurai le choix – prendre ce métro bondé sentant le parfum bon marché ou remonter la rue en sens inverse et m'engouffrer dans un café. J'aurai le choix.
Ce serai une autre histoire que celle des nuits sans sommeil, à faire reculer l'ombre en tournant les pages d'un roman, et à sombrer dans un demi coma a l'heure où pointe le jour. Ce serai une autre histoire, ni meilleure ni pire, mais calquée sur l'horloge du monde.
L'angoisse est venue me
rendre visite comme on salue un vieux pote, ce matin. Sans y être
invitée elle a pris place au creux du lit et s'est collée
à ma peau. Casse toi, que je lui ai dis. Elle est restée
là, à m'embrasser toute entière et à me
dévorer doucement, laissant une marque brûlante sur mon
front. Tout bas elle m'a dit quelques mots assassins, l'angoisse,
comme un vieux pote un peu chiant, qu'on ose pas jeter dehors. Le
demi litre de café et les cigarettes n'y feront rien, je la
sens au fond du bide, amusée par son désastre
orchestré, survivant je ne sais comment – cela fait des mois
que je ne lui donne plus à manger.
Pour ne pas vomir je
serre les dents, et la journée
passera, et son horreur aussi.
Pas assez vite, je le sais.
07 octobre 2008
L'âge des possibles.
- Tu aimes bien faire comme si tu étais déjà célèbre.
- J'ai toujours agit ainsi, même avant de commencer à écrire.
- T'es le type célèbre le moins connu que j'aie jamais rencontré.
- C'est parce que je suis pas ambitieux.
- Si, mais t'es paresseux. Tu veux tout pour rien. Et puis quand est ce que tu écris, hein ? Quand écris tu ? T'es toujours au pieu, ou pété, ou aux courses de chevaux.
- Je ne sais pas, c'est sans importance.
Henry Chinaski – Women
Outre écrire – et surtout, ne pas écrire, il y a autre chose que je fais très bien, c'est contempler les choses et les gens en me disant que je devrais écrire un truc là dessus. C'est mon humanisme, ma contribution au monde – donner des mots et du sens aux choses qui n'en ont pas. Pour me marrer j'ai compté le nombre de fichiers Open office entamés et jamais achevés, y en a vingt sept. Vingt sept morceaux d'histoires qui ne servent qu'a remplir le dossier « simulacre de littérature » sur mon PC. Parmi ceux là une grande partie est dédié à Anna, je crois que je n'ai jamais autant écris qu'avant, pendant et après son départ, des mots pour dire toujours la même chose que Brel, ne me quitte pas.
Ne me
quitte pas, alors je m'emporte puisqu'elle est partie quand même,
hors du quotidien je la magnifie et les jours se succèdent
avec leur arrière goût amer. Ça fait un mal de chien de
se dire que la vie peut continuer, et qu'évidemment je me dois
d'avancer, ça fait un mal de chien, le quotidien manqué
– comme amputé, de certains moments avec toi.
Oh tu
sais, je vais bien, je crois même que je ne suis jamais allée
aussi bien, l'automne pointe le bout de son nez et je continue
d'écraser les rues pavées le cou étranglé
par mon écharpe, je vais bien, tu donnes de la substance à
mes romances, je me surprends à apprécier l'instant présent,
puisqu'il sera bientôt dépassé, j'apprends à
vivre pour maintenant.
Je lui écris un roman, à Anna, elle le sait pas, personne ne le sait – pas même moi. Je le note ici pour m'y obliger, je lui écris un roman en cartes postales, des billets d'humeurs pour lui raconter ce qui va – et parfois pas. La crise mondiale depuis que t'es partie, te rends tu compte ? La crise mondiale bordel, le monde coule sans toi, moi je sais nager, je ne m'inquiéte pas, mais les autres ils se noient.
Un roman en cartes postales, un roman en carton pâte, un roman bricolé, rafistolé comme j'ai pu. Pas de bords de plages ensoleillées, un roman de cartes postales pavées, en noir et blanc pour le style et la posture, un roman sans ligne de fin, pour l'éternité, sans début non plus. Ce sera un livre rien que pour toi dans lequel tu n'apparais pas – encore une connerie en somme, mais rien que pour toi, des mots de rien écris par moi ça ne vaut pas grand chose mais c'est déjà beaucoup, tu sais. Ça n'a pas tellement de sens, pas plus que la vie elle même, mais je vais bien alors je me sens prête à affronter ma peur et à te la raconter. L'habitude de l'effroi et du sang glacé, c'est en visant très haut que l'on dépasse ses craintes, moi je veux les exterminer, c'est dire si je vois grand, c'est dire si j'y arriverai.
Tu me manques, et plus tant que ça, c'est une absence à laquelle on s'habitue. Samedi j'ai eu vingt ans et tout s'est passé normalement, je me suis dis, ma vie commence en fin, ton au revoir signait mon départ. Ma vie commence enfin, et elle sera belle, ma vie.
